verrieres-residences-ateliers de pont-aven en peril ou un bon artiste est-il un artiste mort

Verrieres residences artiste

Promenades au musée de Pont-Aven et réflexions sur le projet du nouveau musée, qui conserve la façade actuelle de l’hôtel de ville, la salle Julia de l’ancien restaurant de l’annexe de l’hôtel,  mais supprime les ateliers d’artistes,  aux belles verrières, conçus par Julia Guillou à la fin du XIXe siècle.

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Le musée de Pont-Aven présente une exposition de 130 tableaux issus de son fonds permanent « De Gauguin à Gromaire, la naissance d’un musée », d’octobre 2011 à septembre 2012. Ensuite le musée sera fermé au public pour re-création.  Construit en 1985, géré par Catherine Puget, premier conservateur, il est devenu trop petit et ne peut exposer que 10% de sa collection. Le projet adopté en juin 2011 est celui de l’atelier de l’île, de Brest, dont les références muséographiques sont impressionnantes. Le projet est développé sur de grands panneaux, en bas, côté fonds permanent, à la fin de l’exposition.

http://www.museepontaven.fr/

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Présentation du projet de re-création du musée de Pont-Aven

J’ai assisté le 17 juin 2011 à la présentation aux Amis du Musée du projet par Isabelle Biseau, maire de Pont-Aven et Estelle Guille des Buttes-Fresneau, conservateur, requise  en 2006 pour le travail scientifique et culturel de la re-création du musée.
futur Musee de Pont-Aven facade inchangee
J’adore les entendre toutes deux lors des vernissages, car elles mettent une grande passion à défendre le patrimoine local laissé par les nombreux amoureux de Pont-Aven depuis la première moitié du XIXe siècle.

Pourtant, ce soir-là, je ne pouvais pas me laisser aller à l’enthousiasme qu’elles manifestaient. Je pensais : quelque chose ne va pas.

La distribution du futur musée me paraissait excellente, avec les réserves dans l’actuel musée perpendiculaire aux annexes de l’hôtel Julia, avec le rez-de-chaussée d’accueil et sa documentation accessible à tous, plus un coin pédagogique pour les écoles, un étage réservé au fonds permanent, un autre étage aux expositions temporaires.

Mais le plus bel étage devait être réservé à l’administration. Non, là mon cerveau n’adhérait plus. La partie moderne me paraissait juste destinée aux ascenseurs et axes de circulation, coûteux en énergies.

Ce qui me gênait : la perte de deux salles et un foyer et en plus la perte des Verrières, les ateliers, les résidences d’artistes, dont je suivais les vernissages comme celui de Franco Livier un an plus tôt.
http://www.flickr.com/photos/gaelle_kermen/sets/72157624105396635/

Perte de deux salles et un foyer

Actuellement nous allons suivre des conférences ou des assemblées générales dans l’auditorium du musée, ou dans la salle Gauguin,  qui va devenir le hall d’accueil du nouveau musée, ce qui est très bien, et dans la salle Julia, qui doit rester intacte dans le cahier des charges, mais sera adaptée pour être une salle aussi bien de conférences que de musique de chambre.

J’espère que les piliers de la salle ne gêneront pas la vue. J’avoue que j’avais espéré une salle de conférence plus moderne, avec gradins, car actuellement il est difficile de regarder les projections de tableaux dans un confort normal.

Dans le projet du musée, l’auditorium deviendra salle du conseil et des mariages de la nouvelle mairie, qui s’installera dans la maison Rouquier déjà achetée et dans la partie la plus récente du musée actuel autour du patio

On ne sait pas encore où iront les associations qui se réunissaient dans le bâtiment des Meunières, démoli dans le projet pour y créer des espaces de circulation.

Mais le débat doit se faire avec la population à ce sujet avant les travaux,  c’est pourquoi je publie ici les notes prises dans mon journal de vie après cette présentation.

Perte des verrières

Dans le nouveau musée, les verrières sont préservées sur la façade des deux bâtiments de l’annexe de l’hôtel Julia, bâtiments construits en deux fois, en 1886 et en 1900 par Julia Guillou, directrice, puis propriétaire, qui avait dévolu quatre ateliers aux artistes.

Je demandai à Madame Biseau ce qu’allaient devenir les Verrières, dont je voyais une photo sur l’invitation qu’elle venait de me remettre pour le vernissage de l’exposition du lendemain au musée de l’artiste allemande Julie Meyer : « Fenêtre sur champ ». Elle me répondit : « Maintenant elles vont être appropriées par l’équipe du conservateur ».

Exposition « Fenêtre sur champ »

Le lendemain de la présentation, j’assistais au vernissage de « Fenêtre sur champ », où les enfants de l’école de Scaër s’appropriaient avec bonheur les vues projetées sur le mur noir de la salle de documentation de l’actuel musée. Manifestement l’expérience de travail en photo et vidéo avec Julie Meyer les avait conquis.
Julie Meyer profil au Canon

En sortant du musée, j’ai voulu voir comment se situait l’escalier et l’espace de chaque niveau d’étage de l’actuel Hôtel de Ville installé dans les deux annexes de l’hôtel Julia.
Verrieres façade actuelle de l'hotel de ville

Les Verrières – ateliers – résidences, merveilleux espaces

Au dernier étage accessible, celui des Verrières, Ann Stouvenel était dans son petit bureau, près du labo photo servant aux artistes en résidence. Elle a ouvert la porte des ateliers d’artiste. J’ai pris des photos. La vue est sublime.

des Verrieres l'atelier d'Ernest
Je voyais de haut l’Atelier d’Ernest, (Ernest Correlleau, fils d’un notaire connu de Gauguin), j’avais assisté là au dernier vernissage de Pierre-Eugène Clairin, mort le 7 juillet 1980 en rentrant chez lui, souvenir émouvant toujours. Je voyais la belle place de plus haut que ce que nous en voyons lors des buffets de la salle Julia. Je voyais l’église de Pont-Aven, nichée dans ses toits divers toujours harmonieux. Je voyais au loin de belles maisons aux tours solides.

Je suis sortie de là en me disant qu’il n’était pas possible de priver les artistes en devenir d’un si bel espace qui leur était dédié dès le départ et de l’attribuer de façon restrictive au conservateur et à son équipe. Non pas qu’ils ne le méritent pas, je suis trop admirative de leurs compétences et de leur travail pour me permettre de les juger. Mais l’appropriation dont me parlait le maire ne peut pas être dévolue à leur seul usage.

Cet espace appartient aux artistes par la volonté de Julia. Si la salle Julia a été préservée dans le cahier des charges du nouveau musée, comme la façade de l’immeuble, pourquoi les verrières ne l’ont-elles pas été ?

Au moins les deux Verrières visibles de la rue.

Les artistes en résidence peuvent être logés en ville et avoir à disposition ce beau volume à la lumière stable, ouvert sur un décor exceptionnel. Les ateliers d’artistes devraient être intégrés à la vie du nouveau musée. Ce serait aussi respecter la volonté de Julia elle-même. Dans un pays comme la Bretagne, il est important de respecter la volonté des morts.

D’autres possibilités sous les combles

A l’étage des Verrières, l’escalier continuait, barré par une corde et une table à tréteaux couverte de documents d’art sur les réalisations des artistes en résidence. Le plan d’incendie du bâtiment notait un étage sous les combles, semblant aussi hautes de plafond que chaque étage, présentant de très beaux et vastes volumes.

En sortant, j’ai pris en photo la façade. On ne voit pas de fenêtre dans le toit au-dessus des Verrières, mais sur le bâtiment à côté on voit bien cinq fenêtres en chien-assis signifiant une habitabilité.

hôtel de vlle de Pont-Aven façade du futur musée

Lors de la présentation de la re-création du musée rien n’a été dit de l’utilisation de ce dernier étage. Depuis, je suis retournée deux fois au musée où le projet est présenté sur de grands tableaux, rien n’est noté à ce sujet.

Propositions

Pourquoi ne pas réserver cet espace à l’administration ?

L’équipe est-elle si nombreuse qu’elle ait besoin d’un étage entier sur deux bâtiments, soit près du quart de la nouvelle surface du musée ?

De même dans le projet, une pièce est réservée au photocopieur, outil qui dans cinq ans sera aussi obsolète que le fax ou le télex. La documentation va se décorporer,  leur transmission se virtualiser, les habitudes de travail évoluer, il faut voir plus loin.

Le bâtiment est constitué de deux maisons réunies au début du XXe, il serait possible de fermer la partie des Verrières avec des portes coupe-feu, pour garder l’autre partie, côté hôtel des Ajoncs d’Or, ex-Hôtel Gloanec, pour l’administration, qui pourrait se faire sur les deux derniers niveaux.

Un musée et des résidences d’artistes

Non, décidément, même avec du recul, je ne peux pas imaginer des bureaux dans l’espace des deux Verrières côté rue, j’y vois toujours un lieu de travail vivant, actuel, enraciné dans le passé, ouvert sur l’avenir, où le public pourrait accéder certains moments de l’année.

Les Verrières peuvent être un cœur qui bat dans le nouveau musée.

Un bon artiste est-il un artiste mort ?

Ce n’est pas ce que pensait la bonne hôtesse, Julia Guillou en créant ces magnifiques ateliers il y a plus d’un siècle. Certes, elle n’était pas conceptrice d’un musée, mais sa démarche a été admirable et elle doit être valorisée dans l’histoire du musée.

Serons-nous moins modernes que cette femme qui a œuvré à la reconnaissance internationale de la petite cité de Pont-Aven ?

IL FAUT SAUVER LES VERRIERES DE PONT-AVEN.

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Citation d’Isabelle Biseau in : « Come as you are », plaquette réalisée par « Les Moyens du Bord » de l’exposition « Autour de la baie », d’artistes en résidence aux Verrières en été 2011

L’histoire de la ville de Pont-Aven est marquée par l’accueil d’artistes de tous horizons. Depuis 1986, les Verrières-résidences-ateliers de Pont-Aven perpétuent cette tradition en invitant des plasticiens, critiques d’art, graphistes, théoriciens et en soutenant tout projet ayant un lien avec l’art contemporain. En continuant à occuper d’anciens ateliers de peintres, conçus à la fin du XIXe siècle, la communauté s’engage à proposer une aide adaptée aux besoins des auteurs, participe au développement et à la diffusion de l’art contemporain et œuvre pour la création d’échanges entre professionnels de l’art et habitants.
Isabelle Biseau, maire de Pont-Aven.
enfant devant la photo de Julie Meyer prise du phare d'Eckmühl

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Pour aller plus loin, quelques liens sur Flickr:
Album verrières
Expo Fenêtre sur champ Julie Meyer
Classeur Musee de Pont-Aven
et
Site des Verrières-résidences-ateliers de Pont-Aven
Copyright Gaelle Kermen 2011 Hentadou

Une réflexion sur “verrieres-residences-ateliers de pont-aven en peril ou un bon artiste est-il un artiste mort

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