07 Locmariaquer

Locmariaquer 3 janvier 2010

Programme prévu
Première grande marée de l’année au Dolmen des Pierres Plates
Visite du site des mégalithes gratuite le premier dimanche de chaque mois en hiver

Vannes Première Classe petit déjeuner
Cette nuit, Jose-Anne a été malade, les huîtres ne sont pas en cause, mais plutôt les oeufs d’un far pas assez cuit dans son four à chaleur tournante et resté en dehors d’une source de froid. Donc ce matin ça va être tranquille.

L’accueil de l’hôtel est toujours convivial. J’écris sur le MacBook dans l’espace repas. Je viens de parler avec nos voisins. Nous avons parlé du Christ vert et du Christ jaune de Gauguin, ce qui est plutôt sympathique pour commencer la journée. Echanges facilités. Agréable.

Nos désagréments digestifs nous ont fait renoncer aux pêches à Penthièvre hier et Locmariaquer ce matin. Mais nous allons visiter ces lieux extraordinaires, mythiques, millénaires, fascinants.

A plus tard.

Soir à l’hôtel
Si la première partie du voyage au bout du monde nous avons fait une overdose de chapelles, cette deuxième partie nous permet de visiter ou revisiter des mégalithes mais là je n’en ai jamais assez de découvrir nos bonnes vieilles pierres qui durent…

J’ai retrouvé d’abord, à Locmariaquer, le dolmen des Pierres Plates, qui a inspiré un tableau d’Yves Samson. dolmen
Le tableau a été fait dans le Centre Bretagne, longtemps après la visite à Locmariaquer, mais a été inspiré par le lieu très particulier de ce dolmen au bord de la mer, le réinterprétant en rapprochant les plans.

Le site était plein d’eau et je n’ai pas pu y entrer. Mais je l’avais photographié l’été dernier et en avais fait une vidéo lors d’une pêche en août, car c’est un lieu de pêche ancestrale.
Sur le parking en retrait de la dune, des campings stationnaient encore. Ils avaient dû passer la nuit là pour être à pied d’oeuvre dès le matin. Beaucoup étaient de départements ou de pays étrangers. Nous avons rencontré des pêcheurs du Morbihan après leur picnic sacro-saint. Ils avaient pêché des palourdes, des moules et des huîtres « rouleuses » qui changent d’endroit au fil des marées et restent dans les trous d’eau. Le dernier pêcheur venait là depuis 40 ans mais ni sa femme ni ses enfants ne voulaient l’accompagner. C’est ce que me disait une amie pêcheuse qui m’a initiée l’été dernier à la pêche aux coques et aux palourdes, elle y vient depuis 72 ans, elle en a 78 et est encore en belle forme, du moins pour aller à la pêche. Elle me disait que les générations ne se remplaçaient pas. Donc pas de crainte pour les écologistes parisiens qui n’aiment pas voir ces populations venir « piller » la ressource. Je préfère interroger les gens du cru, du coin, qui savent de quoi ils parlent. Ils étaient heureux, ces deux hommes, comme on peut l’être, même si la pêche n’est pas bonne, parce que le fait de passer deux heures dans une nature aussi exceptionnelle est déjà un véritable bonheur. L’air du large nous enivre ! Nous étions un peu enivrées nous aussi, de nous balader d’un dolmen à l’autre.

Nous avons été jusqu’à la Pointe de Kerpenhir où je ne m’étais jamais arrêtée. Un bout du monde, face au sud, à l’océan, face aux îles d’Houat et Hoëdic, face à l’autre côté du Golfe du Morbihan, Port-Navalo. Une statue de femme présentant son enfant au large balise cette pointe. La mer remontait et c’était impressionnant. Dans les rochers aux pieds de la statue, j’ai trouvé des huîtres sauvages, plus petites que celles que nous cueillons chez nous.

Le site des mégalithes de Locmariaquer, faisant partie des Monuments nationaux, est donc gratuit le premier dimanche du mois d’octobre à mai. Je n’y ai pas retrouvé le sens du sacré qui m’avait étreinte à chaque visite dans les années 70 et 80, avant la fermeture pour restauration du site en 91. La restauration est bien faite, rien à dire, impeccable, le grillage autour du site est doublé par des haies de charmes, bien taillées, trop taillées même sans doute. Les petits fils autour sont discrets mais ils ont complètement rétréci le site.

La maison d’accueil est particulièrement laide et devrait être entièrement végétalisée, façades et toit compris pour se fondre dans le paysage. Jose-Anne y a vu un film documentaire sur l’histoire du site, ce qui lui a permis de se reposer un peu. J’avoue que je ne suis pas consommatrice du tout de ce genre d’animation populaire et les gadgets vendus dans les boutiques ne m’intéressent guère. Je n’y reviendrai pas.

Le sacré, cette espèce de frisson intérieur qu’on ressentait devant la dalle du fond, dite la Table des Marchands, quand le soleil de la fin de l’après-midi pouvait y entrer entre les pierres latérales, ne s’est pas manifesté. Maintenant on peut bien voir la dalle avec ses pétrogliphes, elle est éclairée électriquement. Avant, il fallait laisser les yeux s’habituer à l’obscurité et chercher de la main à suivre les dessins. Tout a été recouvert et le site n’a vraiment plus rien à voir avec ce qu’il était dans son état sauvage qui nous parlait tellement, à moi, à mes enfants, à leurs amies, à mes ami(e)s.

Le Grand Menhir brisé était autrefois très impressionnant quand on pouvait l’approcher, on en sentait la blessure, maintenant il a l’air d’un gros chat ronronnant dans son confort. Presque émouvant quand même, comme une bête piégée qui aurait accepté son esclavage. Il m’a fait de la peine.

Curieusement le tumulus d’Er Grah, autrefois couvert de terre, maintenant empierré, m’a évoqué les sculptures géantes du parc d’art contemporain de Kerguehennec, plus loin dans le Morbihan. Richard Long. Les sculpteurs sont peut-être nos nouveaux bâtisseurs de mégalithes, avec peut-être le même sens du sacré. Je l’ai donc apprécié comme j’apprécierais une sculpture contemporaine, avec un télescopage de temps et c’est ce que j’aime dans la fréquentation des mégalithes, ils nous donnent le sens de notre relativité, nous font voyager vers des temps dont nous ne savons pas grand chose. Ce qu’en disent les spécialistes ne sont que des hypothèses. Donc à chacun de rêver. Sans grillage. Sans filtre.

Plus tard nous nous sommes arrêtées au Tumulus de Kernous, au Bono, impressionnante montagne de pierres enherbées comme l’était en plus petit le tumulus d’Er Grah sur le site des mégalithes. A côté, dans le bois de pin, j’ai trouvé les restes d’un petit tumulus, qui au fil des derniers siècles avait dû servir de carrière de pierres comme de nombreux sites, et il donnait le plan réduit du grand avec son couloir intérieur. Je mettrai des photos en ligne pour bien montrer ce que cela pouvait être à l’origine.

Une journée vivifiante.

Post-Scriptum le 4 janvier au petit déjeuner
Hier soir j’ai eu du mal à m’endormir. Je pensais aux mégalithes enfermés de Locmariaquer. Je me demandais pourquoi la magie ne fonctionnait plus, car elle ne fonctionne plus. Avant la fermeture du site, il était visible de partout, qu’on vienne de la terre ou qu’on remonte de la mer. On voyait les blocs du Grand Menhir Brisé se découper sur l’horizon et de loin on sentait sa force nous attirer, inéluctablement. Maintenant il est engoncé dans un enclos hermétique, sans visibilité, sans vibration.
Faire le tour des mégalithes comme une visite de courtoisie ne me semble pas en accord avec ce que ces grandes pierres ont à nous transmettre.
Pour aider à entretenir le site, il serait préférable d’installer un simple hutte avec un tronc où chacun laisserait son obole selon ses moyens, comme nous le faisons dans les églises, chapelles ou cathédrales, pour remercier les artistes souvent anonymes qui nous ont créé de tels chefs-d’oeuvres et permettre leur conservation. Il parait que laisser les gens donner ce qu’ils estiment juste est plus profitable que d’établir un prix fixe. Ce serait plus légitime car cet enfermement au motif d’une préservation et ces abominables constructions pour installer des boutiques de marchandising est insupportable.
J’ai remarqué aussi trop de barrières en plastique blanc criard à proximité des mégalithes et cela ne devrait pas être autorisé dans des sites protégés.
Bref, le site des mégalithes est à éviter désormais. Sans regret. Par contre il y en a encore de nombreux sauvages à visiter.

© gaelle kermen 2010

2 réflexions sur “07 Locmariaquer

  1. Vous ai-je déjà dit que j’aime vos chemins?
    Celui-ci particulièrement car on sent que cela coule dans vos veines. (ou DE vos veines).
    Le tableau de Samson est superbe de beauté mystérieuse.
    Rempli d’ondes, tout ça!

    1. et un an après je vous dirais la même chose, que j’aimerais voir les mégalithes en liberté…
      je crois me souvenir que le tableau, acrylique sur toile, est de la même époque que l’acrylique sur canson En allant vers la mer. Une création a posteriori, quand dans le Centre Bretagne (Kreiz Breiz) Samson avait la nostalgie de nos mers.
      Ses tableaux m’ont appris à voir la nature au-delà du simple visible.
      Mes mots ne sont que de piètres vecteurs de cette force incommensurable qu’ils savent dégager.

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