verrieres-residences-ateliers de pont-aven en peril ou un bon artiste est-il un artiste mort

Verrieres residences artiste

Promenades au musée de Pont-Aven et réflexions sur le projet du nouveau musée, qui conserve la façade actuelle de l’hôtel de ville, la salle Julia de l’ancien restaurant de l’annexe de l’hôtel,  mais supprime les ateliers d’artistes,  aux belles verrières, conçus par Julia Guillou à la fin du XIXe siècle.

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Le musée de Pont-Aven présente une exposition de 130 tableaux issus de son fonds permanent « De Gauguin à Gromaire, la naissance d’un musée », d’octobre 2011 à septembre 2012. Ensuite le musée sera fermé au public pour re-création.  Construit en 1985, géré par Catherine Puget, premier conservateur, il est devenu trop petit et ne peut exposer que 10% de sa collection. Le projet adopté en juin 2011 est celui de l’atelier de l’île, de Brest, dont les références muséographiques sont impressionnantes. Le projet est développé sur de grands panneaux, en bas, côté fonds permanent, à la fin de l’exposition.

http://www.museepontaven.fr/

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Présentation du projet de re-création du musée de Pont-Aven

J’ai assisté le 17 juin 2011 à la présentation aux Amis du Musée du projet par Isabelle Biseau, maire de Pont-Aven et Estelle Guille des Buttes-Fresneau, conservateur, requise  en 2006 pour le travail scientifique et culturel de la re-création du musée.
futur Musee de Pont-Aven facade inchangee
J’adore les entendre toutes deux lors des vernissages, car elles mettent une grande passion à défendre le patrimoine local laissé par les nombreux amoureux de Pont-Aven depuis la première moitié du XIXe siècle.

Pourtant, ce soir-là, je ne pouvais pas me laisser aller à l’enthousiasme qu’elles manifestaient. Je pensais : quelque chose ne va pas.

La distribution du futur musée me paraissait excellente, avec les réserves dans l’actuel musée perpendiculaire aux annexes de l’hôtel Julia, avec le rez-de-chaussée d’accueil et sa documentation accessible à tous, plus un coin pédagogique pour les écoles, un étage réservé au fonds permanent, un autre étage aux expositions temporaires.

Mais le plus bel étage devait être réservé à l’administration. Non, là mon cerveau n’adhérait plus. La partie moderne me paraissait juste destinée aux ascenseurs et axes de circulation, coûteux en énergies.

Ce qui me gênait : la perte de deux salles et un foyer et en plus la perte des Verrières, les ateliers, les résidences d’artistes, dont je suivais les vernissages comme celui de Franco Livier un an plus tôt.
http://www.flickr.com/photos/gaelle_kermen/sets/72157624105396635/

Perte de deux salles et un foyer

Actuellement nous allons suivre des conférences ou des assemblées générales dans l’auditorium du musée, ou dans la salle Gauguin,  qui va devenir le hall d’accueil du nouveau musée, ce qui est très bien, et dans la salle Julia, qui doit rester intacte dans le cahier des charges, mais sera adaptée pour être une salle aussi bien de conférences que de musique de chambre.

J’espère que les piliers de la salle ne gêneront pas la vue. J’avoue que j’avais espéré une salle de conférence plus moderne, avec gradins, car actuellement il est difficile de regarder les projections de tableaux dans un confort normal.

Dans le projet du musée, l’auditorium deviendra salle du conseil et des mariages de la nouvelle mairie, qui s’installera dans la maison Rouquier déjà achetée et dans la partie la plus récente du musée actuel autour du patio

On ne sait pas encore où iront les associations qui se réunissaient dans le bâtiment des Meunières, démoli dans le projet pour y créer des espaces de circulation.

Mais le débat doit se faire avec la population à ce sujet avant les travaux,  c’est pourquoi je publie ici les notes prises dans mon journal de vie après cette présentation.

Perte des verrières

Dans le nouveau musée, les verrières sont préservées sur la façade des deux bâtiments de l’annexe de l’hôtel Julia, bâtiments construits en deux fois, en 1886 et en 1900 par Julia Guillou, directrice, puis propriétaire, qui avait dévolu quatre ateliers aux artistes.

Je demandai à Madame Biseau ce qu’allaient devenir les Verrières, dont je voyais une photo sur l’invitation qu’elle venait de me remettre pour le vernissage de l’exposition du lendemain au musée de l’artiste allemande Julie Meyer : « Fenêtre sur champ ». Elle me répondit : « Maintenant elles vont être appropriées par l’équipe du conservateur ».

Exposition « Fenêtre sur champ »

Le lendemain de la présentation, j’assistais au vernissage de « Fenêtre sur champ », où les enfants de l’école de Scaër s’appropriaient avec bonheur les vues projetées sur le mur noir de la salle de documentation de l’actuel musée. Manifestement l’expérience de travail en photo et vidéo avec Julie Meyer les avait conquis.
Julie Meyer profil au Canon

En sortant du musée, j’ai voulu voir comment se situait l’escalier et l’espace de chaque niveau d’étage de l’actuel Hôtel de Ville installé dans les deux annexes de l’hôtel Julia.
Verrieres façade actuelle de l'hotel de ville

Les Verrières – ateliers – résidences, merveilleux espaces

Au dernier étage accessible, celui des Verrières, Ann Stouvenel était dans son petit bureau, près du labo photo servant aux artistes en résidence. Elle a ouvert la porte des ateliers d’artiste. J’ai pris des photos. La vue est sublime.

des Verrieres l'atelier d'Ernest
Je voyais de haut l’Atelier d’Ernest, (Ernest Correlleau, fils d’un notaire connu de Gauguin), j’avais assisté là au dernier vernissage de Pierre-Eugène Clairin, mort le 7 juillet 1980 en rentrant chez lui, souvenir émouvant toujours. Je voyais la belle place de plus haut que ce que nous en voyons lors des buffets de la salle Julia. Je voyais l’église de Pont-Aven, nichée dans ses toits divers toujours harmonieux. Je voyais au loin de belles maisons aux tours solides.

Je suis sortie de là en me disant qu’il n’était pas possible de priver les artistes en devenir d’un si bel espace qui leur était dédié dès le départ et de l’attribuer de façon restrictive au conservateur et à son équipe. Non pas qu’ils ne le méritent pas, je suis trop admirative de leurs compétences et de leur travail pour me permettre de les juger. Mais l’appropriation dont me parlait le maire ne peut pas être dévolue à leur seul usage.

Cet espace appartient aux artistes par la volonté de Julia. Si la salle Julia a été préservée dans le cahier des charges du nouveau musée, comme la façade de l’immeuble, pourquoi les verrières ne l’ont-elles pas été ?

Au moins les deux Verrières visibles de la rue.

Les artistes en résidence peuvent être logés en ville et avoir à disposition ce beau volume à la lumière stable, ouvert sur un décor exceptionnel. Les ateliers d’artistes devraient être intégrés à la vie du nouveau musée. Ce serait aussi respecter la volonté de Julia elle-même. Dans un pays comme la Bretagne, il est important de respecter la volonté des morts.

D’autres possibilités sous les combles

A l’étage des Verrières, l’escalier continuait, barré par une corde et une table à tréteaux couverte de documents d’art sur les réalisations des artistes en résidence. Le plan d’incendie du bâtiment notait un étage sous les combles, semblant aussi hautes de plafond que chaque étage, présentant de très beaux et vastes volumes.

En sortant, j’ai pris en photo la façade. On ne voit pas de fenêtre dans le toit au-dessus des Verrières, mais sur le bâtiment à côté on voit bien cinq fenêtres en chien-assis signifiant une habitabilité.

hôtel de vlle de Pont-Aven façade du futur musée

Lors de la présentation de la re-création du musée rien n’a été dit de l’utilisation de ce dernier étage. Depuis, je suis retournée deux fois au musée où le projet est présenté sur de grands tableaux, rien n’est noté à ce sujet.

Propositions

Pourquoi ne pas réserver cet espace à l’administration ?

L’équipe est-elle si nombreuse qu’elle ait besoin d’un étage entier sur deux bâtiments, soit près du quart de la nouvelle surface du musée ?

De même dans le projet, une pièce est réservée au photocopieur, outil qui dans cinq ans sera aussi obsolète que le fax ou le télex. La documentation va se décorporer,  leur transmission se virtualiser, les habitudes de travail évoluer, il faut voir plus loin.

Le bâtiment est constitué de deux maisons réunies au début du XXe, il serait possible de fermer la partie des Verrières avec des portes coupe-feu, pour garder l’autre partie, côté hôtel des Ajoncs d’Or, ex-Hôtel Gloanec, pour l’administration, qui pourrait se faire sur les deux derniers niveaux.

Un musée et des résidences d’artistes

Non, décidément, même avec du recul, je ne peux pas imaginer des bureaux dans l’espace des deux Verrières côté rue, j’y vois toujours un lieu de travail vivant, actuel, enraciné dans le passé, ouvert sur l’avenir, où le public pourrait accéder certains moments de l’année.

Les Verrières peuvent être un cœur qui bat dans le nouveau musée.

Un bon artiste est-il un artiste mort ?

Ce n’est pas ce que pensait la bonne hôtesse, Julia Guillou en créant ces magnifiques ateliers il y a plus d’un siècle. Certes, elle n’était pas conceptrice d’un musée, mais sa démarche a été admirable et elle doit être valorisée dans l’histoire du musée.

Serons-nous moins modernes que cette femme qui a œuvré à la reconnaissance internationale de la petite cité de Pont-Aven ?

IL FAUT SAUVER LES VERRIERES DE PONT-AVEN.

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Citation d’Isabelle Biseau in : « Come as you are », plaquette réalisée par « Les Moyens du Bord » de l’exposition « Autour de la baie », d’artistes en résidence aux Verrières en été 2011

L’histoire de la ville de Pont-Aven est marquée par l’accueil d’artistes de tous horizons. Depuis 1986, les Verrières-résidences-ateliers de Pont-Aven perpétuent cette tradition en invitant des plasticiens, critiques d’art, graphistes, théoriciens et en soutenant tout projet ayant un lien avec l’art contemporain. En continuant à occuper d’anciens ateliers de peintres, conçus à la fin du XIXe siècle, la communauté s’engage à proposer une aide adaptée aux besoins des auteurs, participe au développement et à la diffusion de l’art contemporain et œuvre pour la création d’échanges entre professionnels de l’art et habitants.
Isabelle Biseau, maire de Pont-Aven.
enfant devant la photo de Julie Meyer prise du phare d'Eckmühl

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Pour aller plus loin, quelques liens sur Flickr:
Album verrières
Expo Fenêtre sur champ Julie Meyer
Classeur Musee de Pont-Aven
et
Site des Verrières-résidences-ateliers de Pont-Aven
Copyright Gaelle Kermen 2011 Hentadou

Operation Orsay Commons dimanche 5 decembre 2010 11h30

Première Operation Orsay Commons dimanche 5 decembre 2010 11h30

Depuis juin 2010, le Musée d’Orsay interdit aux visiteurs de prendre des photos du fonds et du bâtiment.

Dimanche 5 décembre 2010, une première opération dite OrsayCommons a lieu à 11h30 dont le fil peut être suivi sur Twitter avec le hashhag, la balise #OrsayCommons
Cette opération se renouvellera tous les premiers dimanches du mois, lorsque l’entrée est gratuite. A vos numériques, à vos smartphones !

Voici comment je vis cette interdiction, eu égard à mon habitude de prendre des photos lors de mes voyages, à l’étranger comme en province, de les poster en classeurs et albums sur Flickr et d’en monter parfois des vidéos sur YouTube.

Rappel des règles habituelles
Les photos sont en général permises dans les fonds des musées nationaux, gérés par une partie de nos impôts, nous appartenant de facto et constitués d’oeuvres du domaine public le plus souvent.
Il est légitime que nous puissions en bénéficier par la prise de photos à usage personnel.
Les photos doivent être prises sans flash.
Si on publie les photos, il doit toujours être fait référence au Musée où il est visible.
Les règles commerciales sont différentes.

Claude Monet, Cathedrale de Rouen soleil matinal, harmonie bleue, 1894
Claude Monet, Cathedrale de Rouen soleil matinal, harmonie bleue, 1894, Musée d’Orsay, Paris

Dans les expositions, les tableaux appartiennent à des collectionneurs privés qui en détiennent les droits. On n’a donc pas le droit de photographier.

La position récente du Musée d’Orsay
A la différence des musées internationaux, le Musée d’Orsay prétend nous interdire de photographier les fonds et même le bâtiment. Cette parano à propos des droits devient insupportable. Si c’est pour mettre les reproductions des tableaux sur les magnets pour frigo ou sur les mugs vendus dans la boutique, franchement je dis non.

Personnellement, au cours de mes voyages, j’aime prendre des photos dans les fonds des Musées. Je prends en même temps les cartels pour garder les références précises, que je mets ensuite dans la description des albums à disposition sur Flickr.
Je les légende avec précision, ce qui m’a valu d’être invitée au cercle très fermé du Catalogue raisonné de Claude Monet, fait en Haute Définition sur Flickr, à partir du catalogue établi par Daniel Wildenstein.

Les photos publiées ainsi ne nuisent pas aux Musées.
Bien au contraire, les albums publiés incitent à aller visiter les musées dans le monde entier.
Nos provinces d’ailleurs regorgent de trésors oubliés, mal mis en valeur. Les mettre en ligne leur offre une vitrine qu’aucun dépliant n’aura, vite mis à la poubelle, alors qu’un seul mot clé sur un moteur de recherche conduit à nos albums sur Flickr ou à nos vidéos sur YouTube.

Rien ne remplace le contact direct avec l’oeuvre réelle.
Aucune photo ne restitue l’énergie mise dans l’oeuvre, tableau ou sculpture, par le créateur.
La photo donne seulement envie d’aller voir l’oeuvre dans le Musée. Nous sommes de plus en plus nombreux à préparer nos voyages pour aller voir telle ou telle oeuvre dans tel ou tel musée de Province ou du Monde.

Claude Monet, L'hotel des Roches noires, Trouville, 1870
Claude Monet, L’hotel des Roches noires, Trouville, 1870, Musée d’Orsay, Paris

Opération Orsay Commons
Ce dimanche 5 décembre 2010, à 11:30, opération Orsay Commons au Musée d’Orsay pour un partage massif des photos. Suivre le fil sur Twitter :
http://twitter.com/#!/search/OrsayCommons
Ami(e)s parisiens : à vos numériques, à vos smartphones !
De tout coeur avec vous.

Pendant l’opération, j’extraie cette image de Seurat :
Seurat Twitpic
#orsaycommons Seurat on Twitpic

© gaelle kermen 2010

CRYSTAL un jeu une sculpture par Olivier Bessas

CRYSTAL

assemblage de structures
matière : Plexiglas
taille du puzzle : 36 cm x 33 cm
création : Olivier Bessas
date : 2010

Reflets et transparences
Jeu sculpture d'Olivier Bessas

Un jeu, des oeuvres d’art

L’énergie induite par la composition du jeu est aussi forte que celle que j’éprouve devant un cristal de quartz, comme une clé ouvrant une porte vers un monde inconnu, infini.

Je me rappelle ce druide qui nous avait appris il y a bien longtemps à aller sous l’allée couverte proche de ma chaumière, il nous faisait chercher un cristal de quartz au pied des grosses pierres, nous le serrions fort dans notre main et assis sous le dolmen, nous faisions le vide.

Alors chacun voyageait dans les hautes sphères de l’espace ou descendait d’abord dans la profondeur de la terre pour y cueillir les diamants cachés de sa mine. Télescopage de la légende celtique des korrigans gardiens des trésors et projection mentale dans un espace interstellaire où les vibrations se répercutent d’une planète à l’autre pour agir sur nos marées personnelles.

Voilà ce que je ressens devant ce jeu d’Olivier Bessas, moi qui ne suis pas joueuse mais esthète. Ce jeu est d’évidence oeuvre d’art unique. Chaque composition devient création. Instant figé dans la cristallisation du quartz, captage de la lumière qui va changer au fil des heures comme au bord de la mer. Je me sens aussi bien devant un jeu « Crystal » que lorsque j’entre dans certaines cathédrales, lieux souvent implantés sur des lieux mégalithiques archaïques.

Je ne m’attendais pas à ce choc esthétique.
A Noël 2009, j’avais rencontré ce jeu dans la chambre de mon petit-fils. Je l’avais admiré en bois. J’avais apprécié la matière si belle, si bien travaillée et polie, et d’instinct je passais ma main sur les pièces, avec sensualité.

Mais en cette rentrée de septembre 2010, je rencontre la version en Plexiglas, matière noble, et je suis sous le choc.

La forme est la même, la dimension l’est sans doute aussi, mais ce qui est enraciné et cerné dans le terreau initial avec le matériau bois, aussi beau soit-il, devient matière initiatique infini avec le Plexiglas cristallisé.

Le premier mot qui m’a échappé : Transcendance.

Si j’avais ce jeu, je le mettrai au mur en puzzle tel qu’il est présenté et je le regarderai comme un tableau d’art contemporain.

Ou alors j’en ferai une sculpture comme celles qu’a érigées Olivier Bessas. Ce ne serait pas les mêmes. J’essaierai d’en faire jaillir la flamme de lumière qui m’évoque la force d’énergie piézo-électrique du quartz, utilisé pragmatiquement pour allumer nos gazinières.

J’en ferai un vaisseau spatial pour libérer les rêves.
Et je méditerai devant sa beauté en élévation spirituelle…
Oui, c’est une rencontre presque sacrée que je viens de faire avec ce jeu.

Chaque jeu est unique, Olivier Bessas le retravaille pièce par pièce, une face est brillante et transparente, l’autre est mate.

Une oeuvre d’art contemporain pour collectionneurs et esthètes.

Olivier Bessas participera au Salon Business Art de l’Espace Cardin, du jeudi 14 au dimanche 17 octobre 2010, 1-3 avenue Gabriel, 75008, PARIS Métro Concorde
Gazette des Arts

4 jours festifs de la Jeune Creation a Toulouse

Imaginez maintenant Toulouse
Mon bilan des 4 jours festifs de la Jeune Création à l’Hôpital La Grave

Imaginez maintenant

Ce que je n’ai pas aimé :

Je n’ai pas du tout accroché aux installations-performances de l’association Point de Fuite, je ne suis pas entrée dedans, refluée par trop de prises de tête intellos dans la vacuité, j’ai juste eu envie de partir en courant… J’avoue avoir du mal à trouver du sens à des chaises qui grincent et foutent les jetons dans le noir (En déshérence, Marion Brusley), du mal à voir un mec nager sur une table en formica des années 50 en slip et bonnet de bain en video (Le nouvel appartement privé de l’ancien aumônier, Rémi Groussin), du mal à voir surgir de l’imaginaire dans un kiosque fermé (Kiosque, Pauline Prat et Marie-Johanna Cornut), comme a dit un des enfants de la visite guidée que je suivais : c’est un kiosque pour taupes… ce qui a enfin du sens !

Pour l’appartement de l’aumônier, vraisemblablement refait ou construit après la guerre, on comprend qu’il n’inspirait guère les artistes, ce bâtiment, le plus récent de l’ensemble de l’hôpital, est celui qui a le plus mal vieilli, il sentait la mort. Les bâtiments anciens semblaient avoir beaucoup mieux digéré et absorbé les énergies de vie, naissance, maladie, soin et mort, au fil des siècles, en gardant stabilité et sérénité induites par la brique rose.

Ce que j’ai aimé :

En arrivant, le tremblement de terre ! gros succès auprès des petits comme des grands : Infravoice de Atsunobu Kohira dans le jardin devant la chapelle.

Ana demande des volontaires pour essayer l'installation de Atsunobu Kohira simulant par la voix un tremblement de terre.

J’ai particulièrement aimé la rencontre avec Jan Vorman, sa simplicité, sa dégaine tranquille en tennis et bermuda, genre grand gamin qui s’amuse toujours avec ses légos et ses inventions :

pigeonnier : dispatchwork de Jan Vormann

Dispatchwork, un peu partout sur le site, en particulier sur un pigeonnier, et Slem3, dans la belle bibliothèque de l’hôpital.

la machine a maintenir en vie les bulles de savon de Jan Vormann

J’ai aimé le ferronnier d’art du quartier Saint-Cyprien Benoit Herouard, gardien de la magie du métal en fusion. Dans l’escoussière des remparts d’origine de la ville, il avait installé quelques belles pièces dont un beau lustre contemporain en inox.

lustre création du ferronnier d'art du quartier Saint-Cyprien Benoit Herouard

J’ai aimé la navette piétonne de Doriane Roche dont le fil rouge nous guidait et que des enfants s’appropriaient en danse de rue.

Video des enfants sur Flickr.

navette pietonne de Doriane Roche

J’ai apprécié la danse des jeunes du Sucre du printemps dans le soir tombant d’été sur la Garonne, balisé par la coupole de Saint-Joseph et la planète Vénus juste au-dessus.

Danse Sucre du printemps port de la Viguerie

Venus au-dessus de la coupole Saint-Joseph

J’ai aimé le quart d’heure a capella de Réverbe par douze jeunes chanteurs dans la chapelle Saint-Joseph, dont l’acoustique donnait des frissons orgastiques, en particulier dans la pièce écrite pour ce lieu par un maitre de chapelle du XVIe siècle.

Aurelien Zoia et Sylvain Morin, Débordement, 2010

J’ai apprécié le challenge des designers de 5.5 qui ont racheté leur production promise à destruction par huissier en raison d’un changement de commercialisation. Pour alerter sur nos gaspillages, ils les vendaient un euro symbolique, on voyait partout leurs sacs dans Toulouse, le dernier jour la queue était longue et leurs remparts de palettes avaient bien diminué 😉

J’ai aimé plus que tout l’installation Débordement des paysagistes Aurélien Zoia et Sylvain Morin qui investissaient la Cour Sainte-Monique et rappelaient par de simples bâtons les vagues qui avaient envahi ce lieu lors d’une inondation, le filet matérialisant la hauteur du débordement de la Garonne. A toute heure du jour ou de la nuit ce lieu respirait la beauté et l’harmonie et redonnait vie à la fontaine centrale du jardin médiéval d’origine.

Le voyage dans les six hectares de l’hôpital de La Grave s’achevait par Paysages en exil de Raphaël Bétillon et Nicolas Dorval-Bory, sur le Quai de l’exil où se rassemblaient les réfugiés espagnols à l’époque franquiste, hommage à une étape récente de la vie de Toulouse. On passait à travers des serres où l’on prenait un petit sac contenant une bouture de plantes (pour moi une bourrache), puis à travers la brume qui se répandait au gré du vent sur la Garonne, en intermittences, enfin on rejoignait la passerelle du Jardin Raymond VI, se retrouvant derrière les ramparts d’origine de la ville.

Un beau voyage dans le temps et l’espace à travers une belle créativité et une belle humeur générale dans un lieu historique qui donne vraiment à Toulouse son nom de Ville rose, surtour au coucher du soleil en solstice d’été…

© gaelle kermen 2010

Lien du site du festival

Atelier Benoît Hérouard – Ferronnerie d’art – Métallerie fine
——————————————————————————-
T +33 (0)1 81 29 97 06 I M +33 (0) 6 69 50 73 02
Internet : www.atelier-benoit-herouard.fr

album sur Flckr

Reprise d'ecriture apres le voyage

J’essaie donc de reprendre mon rythme d’écriture après une interruption de plus d’un mois. Quand j’ai du temps, je ne vis pas grand chose mais je peux l’écrire et quand je vis des choses je n’ai pas le temps de les écrire ! je retrouve le dilemme des années 60-70 où je vivais tant de choses intensément et étais toujours un peu frustrée de ne pas les écrire en suffisance !

Par quel bout prendre la relation de notre voyage ? Je peux le faire en plusieurs thèmes :
D’abord l’itinéraire rapide, puis le détail du voyage, les événements notoires, l’exposition Van Gogh-Monticelli, le Mac, ou la visite de l’atelier de Martine Moore à Arles, les visites des abbayes et cathédrales, enfin les hôtels. Grosso-Modo il me faudrait traiter tout ça.

Apres le voyage dans le Sud

Kerantorec, lundi 12 janvier 2009, trois jours après le retour du voyage.

Grâce à mon MacBook, j’espérais devenir un écrivain voyageur. Je me voyais déjà prendre des notes au fil des heures, au gré des rencontres et des aventures. Mais je ne suis pas un écrivain voyageur. Un écrivain voyageur doit voyager seul sans doute car je n’ai pas trouvé la solitude qui m’est nécessaire pour écrire. J’ai trouvé la chaleur humaine. Difficile d’avoir tout en même temps !

Pour moi qui n’avais quitté mes talus bretons que quelques jours à Paris en octobre 1997, puis en décembre 2005 à Marseille et Paris, partir près de quatre semaines est un événement en soi remarquable.

Je suis rentrée vendredi après-midi et je ne suis pas sûre de pouvoir encore écrire toutes les aventures de notre voyage de fin d’année 2008 et de début d’année 2009. Je suis tombée le dernier soir à Vannes sur le trottoir, enfin sec, et je me suis douloureusement reçue sur mon bras gauche. J’ai encore mal partout mais rien n’est cassé.

L’avantage du MacBook a été de pouvoir gérer les photos à peu près tous les jours et c’est un grand progrès par rapport aux anciens voyages, pas si lointains, qui nécessitaient d’attendre d’abord de retrouver son ordinateur et plus longtemps encore lorsque les appareils numériques n’existaient pas et que le développement des photos par un laboratoire nécessitaient quelques jours d’attente.

J’ai donc pu légender les photos, les redresser, éliminer les ratées au fur et à mesure.

J’ai essayé de synthétiser la journée sur Facebook le soir à l’hôtel pour tenir mes ami(e)s au courant de mes péripéties mais une phrase ne résumait guère nos aventures et j’étais trop fatiguée ou n’étais pas assez seule pour prendre plus de notes sur mon journal MiLife. Je gardais juste le contact.

Je suis restée plusieurs jours sans vraiment pouvoir me connecter à Villemagne, sans ADSL. A Marseille, nous avons été trop occupées à voir l’exposition Van Gogh-Monticelli, le MAC et à préparer le soir du 31 décembre pour pouvoir demander à nos hôtes l’autorisation de nous connecter à leur Livebox. Dès mon arrivée à Arles, le Macbook dans sa sacoche à la main, Anthony Moore m’a posé la question magique : "Do you want to connect ? " "Yes, please !" ai-je répondu ! "I understand !" dit-il…

Je dois arrêter là pour l’instant, j’ai tous les muscles qui se bloquent dans le dos, les côtes, je suis mal !

Relation du voyage commun

Le voyage a été multiple puisqu’il a été fractionné en plusieurs endroits : d’abord Toulouse, du lundi 15 décembre au mardi 23 au matin, puis Villemagne pour fêter Noël en famille jusqu’au 29 décembre au matin où Jose-Anne, Ana et moi, nous roulé jusqu’à Marseille, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je cite leurs noms. Le 1 janvier nous avons rejoint nos amis Moore à Arles.
Le 2 janvier nous sommes rentrées vers Castelnaudary, nous reposer un peu.
Le retour s’est fait à deux, Jose-Anne et moi, de Toulouse à Pont-Aven, en passant par Moissac, Fontevrault, Angers, Vannes et la maison le 9 janvier.

Le voyage à Marseille était l’exposition Van Gogh-Monticelli.

Nous avons retrouvé 30 décembre 2008 mes amis Martine et Anthony Moore que je n’avais pas revus depuis août 1982. La soeur de Martine était là aussi, j’avais été son institutrice de quelques jours à saint-Prix (Val d’Oise) en 1965. Maintenant elle est professeur de philosophie à Montpellier.
Nous avons visité ensemble l’exposition Van Gogh-Monticelli, qui est à l’origine de notre idée de voyage.
Nous avons déjeuné (mal) au restaurant du Musée de la Vieille Charité mais c’était l’occasion de faire ou refaire connaissance.

Jose-Anne, Ana et moi, avons passé le réveillon du Nouvel le soir du 31 décembre au Panier selon la tradition marseillaise entretenue par Raymond le Patriarche. J’ai fait un beau portrait de lui, intitulé « Raymond empereur du Panier ». Car il a une tête d’empereur romain ou arlésien. Nous avons pu fêter la fin d’année à la provençale avec de vrais amis provençaux dans l’ambiance exceptionnelle d’une vraie crêche provençale.

Le lendemain, le matin du 1er janvier 2009, nous avons rejoint Arles où là encore, nous avons été reçues fastueusement.
Martine et Anthony nous offraient la chambre à l’hôtel de l’Amphithéâtre, en face de la maison de Christian Lacroix. Une chambre avait été retenue pour Jose-Anne et ses petites chiennes qui faisaient partie du voyage.

Le 2 janvier nous avons repris le chemin du retour car Ana devait rentrer à Toulouse pour des partiels d’histoire de l’art dès le lundi matin. Nous avons traversé la Camargue puis la plaine de Carcassonne, avons laissé Ana à la gare de Castelnaudary en fin de journée et sommes restées Jose-Anne et moi deux jours nous reposer à Villemagne.

Le dimanche matin 4 janvier, nous sommes reparties vers Toulouse déposer des affaires à Ana, avons mangé un morceau ensemble et avons quitté Toulouse vers 14 heures 30 pour Moissac où nous avons pris notre premier hôtel au Chapon fin sur la grande place, non loin de la Cathédrale Saint-Pierre et de l’abbaye de Moissac.

Le lendemain, lundi 5 janvier, nous faisions la visite de ce bel ensemble qui avait fait l’objet du choix de Jose-Anne. Le mien était l’abbaye de Fontevraud pour m’incliner sur le tombeau d’Aliénor d’Aquitaine. Ces deux choix ont guidé notre itinéraire car ce n’est pas courant de faire ce genre de visites en plein hiver surtout quand la neige s’apprête à être au rendez-vous ainsi que l’on nous en avait averti en quittant Moissac. Fontevraud étant à 30 kilomètres de Pouzay, c’était l’occasion pour José-Anne de revoir une vieille amie, ravie de nous recevoir à déjeuner et peut-être loger dans un gîte à Sainte-Maure de Touraine. Mais lorsque nous l’avons appelée de Lussac les châteaux, la neige était chez elle et elle nous conseillait de rester à Chatellerault. Après un bouchon qui aurait pu mal tourner à 15 kilomètres de Chatellerault nous avons pu loger au Campanile sur la ZA près de l’autoroute et nous avons pris des chambres séparées pour bien nous reposer. Cet épisode a été le sommet de nos aventures. J’ai pu prendre des notes ce soir-là à l’hôtel dans mon journal habituel.

Le mardi 6 en fin de matinée, nous avons rejoint Pouzay dans la neige et avons passé un bon moment entre amies passionnées par la culture, la peinture, le jardin, les plantes, la musique, le bon vin, la vie.

L’après-midi nous avons continué vers Fontevraud où nous n’avons pas trouvé de gîtes, les chiennes n’étant pas acceptées. Nous avons donc logé à l’Hôtel-Château Collection, La Marine de Loire, un monument de prétention décorative sur lequel je reviendrai malgré l’accueil très sympathique et chaleureux de la propriétaire qui faisait ce qu’elle pouvait dans des conditions météorologiques qui empêchaient son employée de venir travailler.

Nous avons visité l’abbaye royale de Fontevraud le mercredi matin 7 janvier à 11 heures dans la neige, un émerveillement de blancheur !

Puis nous avons repris la route vers Angers où nous avons pris un hôtel All Seasons. Nous avons fait un tour de ville à la nuit, avec plein de gens car c’était le premier jour des soldes. Passer d’Aliénor d’Aquitaine aux marques en vogue est un choc culturel !

Nous avons dîné à L’ambassade, d’un repas traditionnel que j’offrais à Jose-Anne avec une demi-bouteille de Nicolas de Bourgueil recommandé par Jean-Yves à Noël comme le vin de Louis XIV, longtemps réquisitionné par lui à son usage personnel.

Le lendemain 8 janvier nous avons suivi la visite guidée de l’Apocalypse de Saint-Jean, puis nous avons visité le château, la salle des maquettes, les 7 tapisseries du Logis Royal, les remparts, la vigne, le jardin des simples.
L’après-midi je suis allée visiter la cathédrale avant de revenir acheter un Quart de Chaume mythique en souvenir de mon père et un Nicolas de Bourgueil en cadeaux de dernier moment.

Enfin nous avons quitté Angers pour reprendre le chemin du retour.
Mais j’étais fatiguée, c’était le jour anniversaire de la mort de Samson et j’étais perturbée, je perdais mes gants, mon chapeau, je n’étais pas tout à fait moi-même. J’aurais aimé rentrer directement par l’autoroute et trouver un hôtel à Nantes pour visiter le lendemain matin le musée des Beaux-Arts comme j’aurais aimé pouvoir visiter celui d’Angers.

Mais j’étais tributaire de la gentillesse et de la générosité de José-Anne qui a eu envie de rentrer par la vieille route qu’elle empruntait si souvent lorsqu’elle venait de Paris à Quimperlé.
Nous avons fait un détour vers Couffé, le village natal de François-Athanase, chevalier Charette de la Contrie, frère de l’ancêtre d’Edwina qui fut anobli par Charles X. Une belle statue dans une belle lumière du soir.

Le temps était froid et il n’était pas possible de rentrer chez nous par une température aussi basse. Jose-Anne a décidé de pousser jusqu’à Vannes car elle n’avait pas envie d’entrer dans Nantes au moment où la circulation était aussi dense avant 18 heures, ce que je comprenais. Mais la route jusqu’à Vannes était plus longue qu’elle ne le pensait. Et nous étions bien fatiguées.

Nous avons pris un hôtel style année 50, la Chaumière. Nous avons fait un long détour pour aller au restaurant pourtant proche et je n’en pouvais plus. Et j’ai trébuché sur un trottoir en tombant lourdement ! le genre de choc que je n’avais jamais connu de ma vie, j’ai cru que là je m’étais cassé quelque chose, mais non j’ai pu me relever, aller au restaurant proche, prendre la dosette d’arnica montana que j’avais dans ma pochette, manger un peu et rentrer à l’hôtel. Ça a été dur mais j’ai pu le faire. La petite chienne Uline est venue se coucher contre moi pendant la nuit comme si elle voulait enlever le mal.

La nuit a été un peu dure mais j’ai dormi. Le lendemain j’ai pu marcher un peu dans la vieille ville de Vannes et visiter la cathédrale mais j’en avais assez. A midi j’ai dit que je voulais rentrer et nous sommes arrivées à 13h30 à Kerantorec.

Depuis mon bras s’est remis doucement, de noir il est devenu bleu et jaune puis bleu violet tendre, et c’est pourquoi je peux enfin écrire ces notes de relation du Voyage dans le Sud.

2 janvier 2009 Arles hôtel de l'Amphithéâtre

Arles, hôtel de l’Amphithéatre en attendant mon petit déjeûner.

Voilà, la fin de l’année s’est passé à Marseille et la nouvelle à Arles.

Pas pu écrire sur ce MacBook, trop de gens autour de moi, trop de mouvements, trop de déplacements, trop de choses à voir, à penser, à organiser.

Tout s’est bien passé. Mes amies Macha et Martine se sont mises en quatre pour me recevoir avec Ana et avec mon amie Jose-Anne.

© gaelle kermen

31 décembre 2008 au Panier

Le mercredi 31 décembre, trajet à travers la ville par autobus, Pouce de César, visite du MAC, déjeuner Brasserie, retour en autobus, visite de la cathédrale La Major, retour au Panier. Huîtres chez Marius. Dîner traditionnel marseillais, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je les cite.

Dommage, j’avais fait un beau portrait de notre hôte en « Empereur du Panier ».

Nuit du 1 janvier au Panier.

Expo van Gogh-Monticelli, étape Marseille-Arles
par Gaëlle Kermen 2008-2009

Exposition van Gogh Monticelli par Ana Le Doze-Samson

L’exposition van Gogh Monticelli à La Vieille Charité du Quartier du Panier à Marseille du 16 septembre 2008 au 11 janvier 2009

Ana Le Doze-Samson

affiche expo van Gogh Monticelli
affiche expo van Gogh Monticelli

Depuis plusieurs mois, et ce, jusqu’à septembre 2009, de nombreuses expositions à travers le monde sont consacrées au peintre Vincent van Gogh (1853-1890), de New York à Bâle en passant par Vienne, Marseille, Amsterdam.

C’est à Marseille, au Centre de la Vieille Charité, qu’est présentée, de septembre 2008 à janvier 2009, une confrontation inédite du travail de l’artiste d’origine hollandaise et du peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886).

Une soixante d’œuvres, venant pour la plupart du van Gogh Museum d’Amsterdam et de collections particulières, tentent de faire le point sur cette filiation tant revendiquée par van Gogh. Pari bien risqué, pourtant, d’associer le nom d’un des peintres les plus universellement connus, à celui d’un artiste marseillais quasi méconnu jusqu’alors.

Tout commence en 1886, lorsque Vincent, plein d’espérance, quitte sa Hollande natale pour Paris, avec la conviction qu’au sein de ce milieu artistique fécond, il peut enrichir sa peinture. Grâce à son frère Théo, dirigeant de la succursale de la Maison Boussod & Valadon, il rencontre la jeune avant-garde : Georges Seurat, Paul Signac, Paul Gauguin, Emile Bernard… C’est dans ce contexte d’émulation et de découvertes, que l’artiste remarque, chez un modeste marchand de la rue Provence Joseph Delarebeyrette, l’œuvre d’un peintre provençal récemment décédé : Adolphe Monticelli. C’est sûrement Alexander Reid, marchand de Glasgow venu en France pour acheter des toiles impressionnistes, qui partageait une chambre avec Vincent, qui est à l’origine de cette visite. A cette date l’œuvre de Monticelli trouve en effet de nombreux adeptes en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Vincent, instantanément charmé par la peinture de celui-ci, encourage son frère à en faire la promotion. Il souhaite réhabiliter cet artiste trop peu connu, selon lui, du marché de l’art français et pense même, un jour, se rendre à Marseille afin d’acquérir quelques unes de ses toiles.

Dès l’été 1887, germe dans son esprit le désir de partir. En 1888, fatigué par la vie parisienne et à la recherche de nouvelles sources d’inspiration, il sait que d’autres solutions picturales sont encore à découvrir. Et c’est dans le Midi, terre de soleil où des peintres tels que Claude Monet, Auguste Renoir ou encore Paul Cézanne sont venus avant lui, qu’il pense les trouver. La découverte de Monticelli est également une raison déterminante à son départ. On ne sait pas, cependant, la raison exacte de son arrêt dans la petite ville d’Arles en février 1888.

C’est à partir de cette période que Vincent van Gogh commence réellement à s’identifier à Adolphe Monticelli. Il est en effet frappant de voir combien il multiplie les références à son sujet dans ses écrits, durant la période arlésienne. C’est grâce notamment à ses correspondances que Marie-Paule Viale et Luc Georget, commissaires d’exposition, ont pu développer cette filiation entre les deux artistes. Le lieu de la manifestation le Centre de la Vieille Charité, est un ensemble du XVIIème siècle qui accueillait autrefois les gueux. Chose amusante donc d’y réunir les œuvres de ces artistes tous deux morts dans la pauvreté la plus extrême.

L’édifice d’exposition est composé de plusieurs bâtiments indépendants, obligeant le visiteur à faire plusieurs files d’attente à l’extérieur, et donc dans le froid, afin d’accéder aux différentes salles. Celles-ci sont, de plus, totalement inadaptées à l’exposition d’œuvres, d’où la nécessité d’utiliser sur toutes les surfaces des murs des praticables. Autre problème rencontré : le manque de lumière naturelle rétabli par l’utilisation de spots, trop agressifs, créant parfois des reflets sur les toiles. L’étroitesse des lieux face à l’afflux de visiteurs qu’engendre une telle exposition, est donc des plus problématiques (bousculade, sentiment de claustrophobie pour certain…). L’exposition van Gogh Monticelli aurait mérité un espace plus adapté.

Trente-cinq toiles de Monticelli et dix-huit de van Gogh sont exposées côte à côte, figurant des thèmes communs : autoportraits, bouquets, natures-mortes, marines. A cela s’ajoute une toile de Narcisse de Diaz ainsi que trois toiles d’Eugène Delacroix prêtées par le Musée du Louvre. Certes Delacroix a été une source majeure pour Monticelli et van Gogh, mais l’insertion de ces trois toiles dans l’exposition est peu percutante et semble être plus là pour magnifier l’événement.

L’ensemble de l’exposition est rythmé par des citations bien choisies, quant à elle, venant étayer les différentes thématiques développées.

« Je pense moi ici énormément à Monticelli – c’était un homme fort – un peu toqué et même beaucoup – rêvant soleil et amour, et gaieté mais toujours embêté par la pauvreté – un goût extrêmement raffiné de coloriste, un homme de race rare continuant les meilleures traditions anciennes… Eh bien moi je suis sûr que je le continue ici comme si j’étais son fils ou son frère. »

Voici ce qu’écrit Vincent à Arles en août 1888. Il est clair que l’artiste s’identifie, se reconnaît dans le personnage du peintre marseillais. Ce début de citation, au sujet de Monticelli, pourrait bien lui correspondre ! Bien qu’il admire la peinture de Monticelli, c’est plutôt de son mode de vie qu’il se sent proche. La rumeur, de plus, faisait de celui-ci un artiste fou, solitaire et excentrique, van Gogh s’est forcément reconnu en lui.

Pour ce qui est de l’influence formelle, mise en évidence dans cette exposition, elle est selon moi difficile à cerner. Il faut noter qu’il a été extrêmement difficile d’obtenir des œuvres de Vincent van Gogh, certaines par exemple sont trop fragiles pour être transportées.

Il y a bien une corrélation au niveau des thèmes choisis, mais cette exposition révèle davantage, à mon sens, leur authenticité. Sur plusieurs thématiques, l’autoportrait, les bouquets, les natures mortes, les portraits et les marines, l’exposition tente de dégager une filiation entre Monticelli et van Gogh. Bien que ces rapprochements soient intéressants, ils paraissent tout de même un peu forcés. Il est vrai que les empâtements du peintre marseillais se retrouvent dans la peinture de Vincent en général, mais qu’en est-il des œuvres présentées ? Les bouquets de van Gogh à côté de ceux de Monticelli, par exemple, semblent trop propres, presque trop léchés et évitent tout empâtement.

A contrario, Monticelli qui appelait sarcastiquement ses épaisseurs de peintures des «Croustelli» s’impose par le relief de ses peintures. Il en est de même pour les paysages : la touche de Monticelli est rapide, brusque, violente ; celle de Vincent est plus disciplinée, plus travaillée. Seuls les portraits du marseillais, commandes qu’il réalisait dans un but alimentaire, témoignent d’un traitement plus soigné. Malgré ces différences, on retrouve chez van Gogh ce qu’il a tant admiré chez Monticelli, et cherché à reproduire : «le midi en plein jaune, en plein orangé, en plein soufre.» van Gogh admirait ce coloriste qu’il plaçait dans la lignée de Titien, Véronèse et Delacroix. Sa palette colorée si variée est en effet reprise et accentuée par van Gogh.

Vincent n’a malheureusement jamais rencontré Monticelli. Il avait le souhait d’être exposé à ses côtés. Cent-vingt ans plus tard, ils se rencontrent enfin à Marseille. L’association est donc intéressante et rend hommage aux vœux de l’artiste, cependant les mises en parallèles et les relations formelles développées par les commissaires d’exposition sont souvent difficiles à déceler. Cette exposition est toutefois une agréable découverte de l’œuvre de Monticelli, dont la peinture tend, bien avant l’heure, aux limites de l’abstraction.

— Adolphe Monticelli,
Le Bosquet, vers 1878-1879, Collection particulière

— Vincent van Gogh,
Arbres et sous-bois, été 1887, Musée van Gogh, Amsterdam-Adolphe Monticelli, Arbres sur les rochers contre un soleil couchant, vers 1880, Musée Boijimans de Rotterdam

Ces deux peintures illustrent le même sujet : des arbres dans un sous-bois. La composition des deux toiles est verticale, respectant ainsi le sens de la poussée des arbres. Chez van Gogh on distingue de suite le sujet. A l’opposé chez Monticelli c’est un véritable capharnaüm de taches colorées qui assaille le spectateur. Ce n’est qu’à force de contemplation et de patience que l’on parvient à distinguer la silhouette d’un arbre. La scène de sous-bois de van Gogh se passe vraisemblablement en été, comme l’attestent les couleurs verdoyantes des feuilles. Au loin s’annonce un ciel bleu, dont l’éclat vient illuminer l’ensemble du sous-bois. Le sol, lui, semble encore humide de la rosée du matin.

van Gogh, Arbres et sous-bois
Monticelli, Arbres sur les rochers

C’est presque une étude naturaliste que nous offre van Gogh. Sa peinture éveille les sens du spectateur qui peut presque sentir à ses narines l’odeur de l’humus au matin. La touche très disciplinée vient servir la dynamique de la composition. Peu abondante sur l’ensemble du tableau, ce n’est qu’au niveau de la cime des arbres, où les feuilles prospèrent, que la touche s’épaissit. Cette œuvre a vraisemblablement été peinte dans les bois aux environs de Paris où il séjournait à l’époque.
Les arbres de Monticelli paraissent bien plus «toqués», tortueux que ceux de van Gogh. La composition tourmentée rend la lecture d’ensemble difficile. Cette scène de sous-bois semble se passer durant l’automne. Les éléments sous le pinceau et la touche de Monticelli semblent se déchaîner à la tombée du jour. La toile à dominante de bruns est parsemée, sur l’ensemble de la composition, de touches de lumière figurées par les amoncellements de blanc et de jaune. La touche violente et épaisse fait trembler l’ensemble de la scène.

A la confrontation de ces deux œuvres on s’interroge donc sur la filiation entre van Gogh et Monticelli. Cette réunion révèle plutôt, à mon sens, le caractère très avant-gardiste de la peinture de Monticelli, un peintre abstrait avant l’heure, contraint, par l’époque, à la figuration. Il disait en cela :
« Moi je peins pour dans cinquante ans. Il faudra ce temps-là pour qu’on apprenne à voir ma peinture. »

Une révélation donc.

© Ana Le Doze-Samson 2009
exposition vue le 30 décembre 2008 à la Vieille Charité du Panier – Marseille

liens internet
Analyse comparative : voir le portfolio de l’exposition sur le site de Connaissance des Arts
Dossier de presse
Frequence_sud
Video dans la Vieille Charité
van Gogh Museum

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