Un chapon pour les fetes

Je ne mange plus beaucoup de viande, elle est trop chère et je la trouve souvent sans goût. Je n’ai pourtant pas envie de devenir vegan.

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Pourtant, ce Noël 2015 chez ma fille Ana, j’ai eu envie d’une belle pièce de volaille, du genre qu’on mange rarement. Nous avons choisi un chapon fermier, élevé à Janzé, en Ille-et-Vilaine en Bretagne, une pièce de 3,3 kg, à 32 euros. Une folie pour mon budget, mais je ne l’ai pas regrettée !

La veille, j’avais préparé une farce parée avec ce que j’avais sous la main, elle s’est révélée pleine de subtilités après cuisson :

– 1 échalote rose de Bretagne
– 3 champignons de Paris
– 1 kiwi
– des brisures de marrons glacés maison
– la graisse parée dans la farce
– du pain de mie complet avec un peu de lait
– du persil du jardin, ciselé

Que de la douceur, juste un peu de piment d’Espelette sur la peau pour réveiller les saveurs.

J’ai empli la bête et l’ai bien serrée dans du film alimentaire, au frais, pour que les parfums se répandent à l’intérieur.

L’après-midi du 24 décembre j’ai préparé la bête pour la cuisson.

Avant de le brider, j’ai fini de le remplir avec des marrons entiers. J’ai cousu le croupion, bien resserré les pattes, pour que rien ne s’échappe.

 

À 17 heures, pour un repas à 20 heures trente, j’ai mis le chapon à four froid à 150°, la première heure sur une grille, puis les deux dernières dans la lèche-frite.

Toutes les demi-heures, Morgan l’a retourné sur ses quatre côtés et arrosé de son jus.

La dernière heure, à 19 heures, nous avons mis autour du chapon des pommes de terre Léontine de Bretagne, rissolées au feu monté à 200° d’abord, puis redescendu à 150° la dernière demi-heure, quand on a ajouté des marrons que je venais d’éplucher, après les avoir congelés à la récolte.

La cuisson a été maintenue à 100° pendant la dernière demi-heure, tandis que nous mangions les entrées.

En tout il a fallu trois heures et demi de cuisson douce.

Un lissac-saint-émilion de 2010 a accompagné ce met royal.

Nous avons rarement mangé un plat aussi goûtu, savoureux, moelleux.

Le plus beau, c’est que les restes ont été très conséquents. Nous espérions en avoir la semaine suivante, mais à ce point-là, je ne l’aurais pas imaginé.

Ana et Morgan en ont fait plusieurs repas (et Morgan mange de très bel appétit !), j’ai mangé le blanc en sandwich avec du chutney maison, les midis où je n’avais pas le temps de cuisiner, car j’écrivais le Guide Scrivener pour Mac.

En fait je vais encore en manger ce soir, dans un gratin de courge butternut, fourrée au riz chaponné. Car avec la carcasse, j’avais fait un riz, bien sûr ! Et il restait beaucoup de viande dessus.

C’est un plat onéreux à l’achat, nous l’avons payée 32 euros, mais nous avons fait tellement de repas avec cette belle bête noble, que son prix est très bas. Nous saurons maintenant pour nos repas de famille que nous pouvons choisir un beau chapon. Nous nous souviendrons de ce beau Noël 2015 à Quimper, chez Ana.

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Espuma de cumbawa sur truite fumée par Ana © gaelle kermen 2015

En entrée, Ana avait fait un espuma de citron cumbawa pour accompagner des filets de truite fumée, servis avec un meneton-salon qui me rappelait mon premier reportage pour France-Culture près de Bourges. Un foie gras. Le chapon, sa farce douce, les pommes de terre rissolées, comme auraient aimé nos grands-mères moëlanaises, ses marrons. Un superbe plateau de fromages de chez Ingrid Leost sous la halle, j’y ai eu le plaisir de trouver de la tomme de l’abbaye de Tamié, où j’ai séjourné quand j’écrivais Aquamarine.

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Bons fromages de chez Leost sous la halle © gaelle kermen 2015

Et en dessert, un assortiment de pâtisseries de chez Legrand.

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Mini bûche de chez Legrand © gaelle kermen 2015

J’avais pris du très bon pain, au Fournil du Chapeau rouge. En plus de nos besoins, j’avais pris un gros pain de campagne. Je l’ai apporté au petit saint local à la cathédrale de Quimper, le Santig du, continuant la tradition de l’obole en pain pour les pauvres, qui perdure depuis le XVe siècle.

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Statue et pain de Santig du dans la cathédrale de Quimper © gaelle kermen 2015

J’ai vraiment aimé ce moment de partage symbolique, profond.

Passez de bonnes fêtes ! et à l’année prochaine…

Gaelle Kermen
Kerantorec, 31 décembre 2015

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Relation du voyage commun

Le voyage a été multiple puisqu’il a été fractionné en plusieurs endroits : d’abord Toulouse, du lundi 15 décembre au mardi 23 au matin, puis Villemagne pour fêter Noël en famille jusqu’au 29 décembre au matin où Jose-Anne, Ana et moi, nous roulé jusqu’à Marseille, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je cite leurs noms. Le 1 janvier nous avons rejoint nos amis Moore à Arles.
Le 2 janvier nous sommes rentrées vers Castelnaudary, nous reposer un peu.
Le retour s’est fait à deux, Jose-Anne et moi, de Toulouse à Pont-Aven, en passant par Moissac, Fontevrault, Angers, Vannes et la maison le 9 janvier.

Le voyage à Marseille était l’exposition Van Gogh-Monticelli.

Nous avons retrouvé 30 décembre 2008 mes amis Martine et Anthony Moore que je n’avais pas revus depuis août 1982. La soeur de Martine était là aussi, j’avais été son institutrice de quelques jours à saint-Prix (Val d’Oise) en 1965. Maintenant elle est professeur de philosophie à Montpellier.
Nous avons visité ensemble l’exposition Van Gogh-Monticelli, qui est à l’origine de notre idée de voyage.
Nous avons déjeuné (mal) au restaurant du Musée de la Vieille Charité mais c’était l’occasion de faire ou refaire connaissance.

Jose-Anne, Ana et moi, avons passé le réveillon du Nouvel le soir du 31 décembre au Panier selon la tradition marseillaise entretenue par Raymond le Patriarche. J’ai fait un beau portrait de lui, intitulé « Raymond empereur du Panier ». Car il a une tête d’empereur romain ou arlésien. Nous avons pu fêter la fin d’année à la provençale avec de vrais amis provençaux dans l’ambiance exceptionnelle d’une vraie crêche provençale.

Le lendemain, le matin du 1er janvier 2009, nous avons rejoint Arles où là encore, nous avons été reçues fastueusement.
Martine et Anthony nous offraient la chambre à l’hôtel de l’Amphithéâtre, en face de la maison de Christian Lacroix. Une chambre avait été retenue pour Jose-Anne et ses petites chiennes qui faisaient partie du voyage.

Le 2 janvier nous avons repris le chemin du retour car Ana devait rentrer à Toulouse pour des partiels d’histoire de l’art dès le lundi matin. Nous avons traversé la Camargue puis la plaine de Carcassonne, avons laissé Ana à la gare de Castelnaudary en fin de journée et sommes restées Jose-Anne et moi deux jours nous reposer à Villemagne.

Le dimanche matin 4 janvier, nous sommes reparties vers Toulouse déposer des affaires à Ana, avons mangé un morceau ensemble et avons quitté Toulouse vers 14 heures 30 pour Moissac où nous avons pris notre premier hôtel au Chapon fin sur la grande place, non loin de la Cathédrale Saint-Pierre et de l’abbaye de Moissac.

Le lendemain, lundi 5 janvier, nous faisions la visite de ce bel ensemble qui avait fait l’objet du choix de Jose-Anne. Le mien était l’abbaye de Fontevraud pour m’incliner sur le tombeau d’Aliénor d’Aquitaine. Ces deux choix ont guidé notre itinéraire car ce n’est pas courant de faire ce genre de visites en plein hiver surtout quand la neige s’apprête à être au rendez-vous ainsi que l’on nous en avait averti en quittant Moissac. Fontevraud étant à 30 kilomètres de Pouzay, c’était l’occasion pour José-Anne de revoir une vieille amie, ravie de nous recevoir à déjeuner et peut-être loger dans un gîte à Sainte-Maure de Touraine. Mais lorsque nous l’avons appelée de Lussac les châteaux, la neige était chez elle et elle nous conseillait de rester à Chatellerault. Après un bouchon qui aurait pu mal tourner à 15 kilomètres de Chatellerault nous avons pu loger au Campanile sur la ZA près de l’autoroute et nous avons pris des chambres séparées pour bien nous reposer. Cet épisode a été le sommet de nos aventures. J’ai pu prendre des notes ce soir-là à l’hôtel dans mon journal habituel.

Le mardi 6 en fin de matinée, nous avons rejoint Pouzay dans la neige et avons passé un bon moment entre amies passionnées par la culture, la peinture, le jardin, les plantes, la musique, le bon vin, la vie.

L’après-midi nous avons continué vers Fontevraud où nous n’avons pas trouvé de gîtes, les chiennes n’étant pas acceptées. Nous avons donc logé à l’Hôtel-Château Collection, La Marine de Loire, un monument de prétention décorative sur lequel je reviendrai malgré l’accueil très sympathique et chaleureux de la propriétaire qui faisait ce qu’elle pouvait dans des conditions météorologiques qui empêchaient son employée de venir travailler.

Nous avons visité l’abbaye royale de Fontevraud le mercredi matin 7 janvier à 11 heures dans la neige, un émerveillement de blancheur !

Puis nous avons repris la route vers Angers où nous avons pris un hôtel All Seasons. Nous avons fait un tour de ville à la nuit, avec plein de gens car c’était le premier jour des soldes. Passer d’Aliénor d’Aquitaine aux marques en vogue est un choc culturel !

Nous avons dîné à L’ambassade, d’un repas traditionnel que j’offrais à Jose-Anne avec une demi-bouteille de Nicolas de Bourgueil recommandé par Jean-Yves à Noël comme le vin de Louis XIV, longtemps réquisitionné par lui à son usage personnel.

Le lendemain 8 janvier nous avons suivi la visite guidée de l’Apocalypse de Saint-Jean, puis nous avons visité le château, la salle des maquettes, les 7 tapisseries du Logis Royal, les remparts, la vigne, le jardin des simples.
L’après-midi je suis allée visiter la cathédrale avant de revenir acheter un Quart de Chaume mythique en souvenir de mon père et un Nicolas de Bourgueil en cadeaux de dernier moment.

Enfin nous avons quitté Angers pour reprendre le chemin du retour.
Mais j’étais fatiguée, c’était le jour anniversaire de la mort de Samson et j’étais perturbée, je perdais mes gants, mon chapeau, je n’étais pas tout à fait moi-même. J’aurais aimé rentrer directement par l’autoroute et trouver un hôtel à Nantes pour visiter le lendemain matin le musée des Beaux-Arts comme j’aurais aimé pouvoir visiter celui d’Angers.

Mais j’étais tributaire de la gentillesse et de la générosité de José-Anne qui a eu envie de rentrer par la vieille route qu’elle empruntait si souvent lorsqu’elle venait de Paris à Quimperlé.
Nous avons fait un détour vers Couffé, le village natal de François-Athanase, chevalier Charette de la Contrie, frère de l’ancêtre d’Edwina qui fut anobli par Charles X. Une belle statue dans une belle lumière du soir.

Le temps était froid et il n’était pas possible de rentrer chez nous par une température aussi basse. Jose-Anne a décidé de pousser jusqu’à Vannes car elle n’avait pas envie d’entrer dans Nantes au moment où la circulation était aussi dense avant 18 heures, ce que je comprenais. Mais la route jusqu’à Vannes était plus longue qu’elle ne le pensait. Et nous étions bien fatiguées.

Nous avons pris un hôtel style année 50, la Chaumière. Nous avons fait un long détour pour aller au restaurant pourtant proche et je n’en pouvais plus. Et j’ai trébuché sur un trottoir en tombant lourdement ! le genre de choc que je n’avais jamais connu de ma vie, j’ai cru que là je m’étais cassé quelque chose, mais non j’ai pu me relever, aller au restaurant proche, prendre la dosette d’arnica montana que j’avais dans ma pochette, manger un peu et rentrer à l’hôtel. Ça a été dur mais j’ai pu le faire. La petite chienne Uline est venue se coucher contre moi pendant la nuit comme si elle voulait enlever le mal.

La nuit a été un peu dure mais j’ai dormi. Le lendemain j’ai pu marcher un peu dans la vieille ville de Vannes et visiter la cathédrale mais j’en avais assez. A midi j’ai dit que je voulais rentrer et nous sommes arrivées à 13h30 à Kerantorec.

Depuis mon bras s’est remis doucement, de noir il est devenu bleu et jaune puis bleu violet tendre, et c’est pourquoi je peux enfin écrire ces notes de relation du Voyage dans le Sud.

4 janvier 2009 Moissac, Tarn et Garonne

Me voici enfin connectée en attendant le repas du soir en bas de l’hôtel du Chapon fin où nous faisons notre première halte sur le chemin du retour.

Nous avons laissé Ana au train l’autre soir du 2 à Castelnaudary et avons passé deux nuits à Villemagne chez Mélanie et David avant de reprendre la route ce matin. Passées à Toulouse rapporter des affaires à Ana, nous sommes remontées vers le nord pour voir l’abbatiale de Moissac. Arrivées juste avant la fermeture, nous avons pris un hôtel sur la grande place de la ville pour aller faire la visite demain matin à 10 heures.

Durant la première partie de notre voyage depuis une semaine c’était moi ou Ana qui payions car José-Anne avait renvoyé son carnet de chèques avec ses timbres et affaires en colissimo chez elle avant de quitter Amélie-les-bains. Elle a une carte bancaire qui ne lui permet que les retraits et elle n’avait pas reçu le virement lui permettant de retirer normalement son argent en espèces. J’ai donc dû tout payer au cours de nos pérégrinations ou bien Ana. Ce qui est vraiment le monde à l’envers, Jose-Anne n’ayant pas du tout l’habitude qu’on paie pour elle. Ça a été une excellente expérience.

Hier José-Anne a accompagné Mélanie à Revel au marché et elle a enfin reçu son virement et désormais je suis son invitée en remerciement de l’accueil extraordinaire que lui ont fait mes amis de Marseille et Arles.

Difficile d’écrire en voyage, je ne suis jamais assez longtemps concentrée pour pouvoir noter des choses aussi profondes que celles que je vis… j’espère mémoriser assez d’informations pour retranscrire l’essentiel.

© gaelle kermen 2009

Toulouse La Daurade et la Vierge Noire

Le temps est gris sur Toulouse.

Le temps passe très vite, je fais aussi plus de courses que je n’en fais d’habitude et plus de cuisine. Cela a permis de recevoir impromptu un ami de Ana hier soir, Sébastien qui avait repiqué le monogramme d’YS sur Illustrator. Nous avons passé une agréable soirée avec Marina la colocataire de Ana, belle jeune fille de 18 ans, en hypokhâgne au lycée Pierre de Fermat près de l’église des Jacobins et du Musée des Jacobins. Elle y va en Velib.

Hier après-midi je me suis promenée jusqu’à la Daurade pour revoir la Vierge noire. L’église était vide. C’était très impressionnant dans la tombée de la nuit, l’église était sombre comme une crypte alors qu’on doit monter des marches comme si on entrait dans un appartement.

La Vierge noire elle-même trône avec son fils au sommet d’une composition très rococo, l’ensemble représente un sacré foutoir, peu lisible. A la limite on se demande ce qu’elle fait là.

J’aurais assez envie, si je devais lui créer une robe comme je le conseille à Coralie, de faire des écharpes qui masqueraient tout ce qui est à ses pieds, des étoles, des châles, des tapis blancs qui effaceraient tout l’environnement et les laisseraient simplement se révéler en contrejour ou plutôt en transparence. La dévotion serait alors plus évidente, car les personnages sont trop présents par rapport à la Vierge.

il faudrait redonner à la Vierge toute sa dimension au-dessus de la mêlée pour qu’elle puisse rayonner librement. Là elle a les pieds collés au sol trop lourd. Elle a des sabots dans la boue quand elle devrait avoir des pieds ailés.

Chaque époque a son esthétisme et l’esthétisme religieux du dernier siècle est souvent discutable. Celui-ci est dans le genre pire saint-sulpicien si c’est possible.

Oui, moi je la remettrais dans les nuées. Eventuellement juste avec une étole arc-en-ciel au-dessus des nuages, en symbole d’harmonie entre les couleurs des peuples du monde.
Alors la voûte au-dessus d’elle redeviendrait aussi plus lumineuse.

© gaelle kermen 2009