Comment j’ai découvert Ploemeur à vélo et continué l’entraînement

Ma commune est côtière et sa devise porte les mots de la terre et de la mer. Elle a trois ports et trois plages, de multiples criques sauvages, des huitres réputées, les plates de Belon, des mégalithes et des chapelles. Née ici, je suis partie vivre à Lorient, puis à Paris, dans le Val d’Oise, en Ariège et en Haute-Savoie. Enfin, je suis revenue et je m’y sens bien. Je vis sur le vieux pays de mes pères, ar vro goz ma zadou.
Pourtant, quand ma troisième fille a décidé de s’installer à Plœmeur en Morbihan, j’ai découvert une commune encore plus riche, plus dynamique, plus incroyable. J’ai passé trois semaines cet été 2016 à la découvrir à vélo et ces journées font partie de mes meilleurs moments

Je gardais un petit chat de six mois pendant les vacances des enfants. Du cat-sitting. Je gardais ainsi leur appartement et ils étaient tranquillisés de savoir que s’il y avait le moindre problème, j’interviendrais et les préviendrais. J’ai déjà fait du flat-sitting pour occuper un appartement pendant les vacances d’amies et c’est une bonne formule pour tout le monde. Moi ça me dépayse sans frais, et comme je ne suis pas chez moi, je n’ai pas de travaux d’entretien ou de réparation à faire, je passe tout mon temps à écrire et à me promener. Ce que je ne me permets pas souvent à la maison, où il y a toujours un truc à faire, du genre gros travaux d’Hercule. Ma grande chaumière est aussi plus difficile à entretenir qu’un appartement de trois pièces.

J’avais apporté mon vélo et j’ai découvert Plœmeur par ses pistes cyclables, ses chemins creux et ses sentiers côtiers. J’ai été éblouie.
Autrefois, j’ai un peu connu Plœmeur, quand j’étais petite fille et que nous habitions le port de pêche de Lorient dans les années 50. Nous venions nous baigner au Courégant, à Lomener. Nous nous promenions le dimanche dans les Kaolins. Plus tard, entre 1986 et 2009, je visitais souvent mon amie Nicole Courset à Larmor-plage, et si j’arrivais chez elle par la pénétrante de Lorient, pour rentrer je passais toujours par Plœmeur, je faisais le tour de l’église, venant de Larmor, pour partir vers Quimperlé. J’en connaissais les grands itinéraires, le magasin Point Vert où j’achetais des fournitures de jardin, ou le Parc de Kerihuer où je m’arrêtais parfois pour dégourdir ma petite chienne d’alors. Parfois, je rentrais par la route côtière du Fort-bloqué, pour rejoindre Guidel. Mais je ne connaissais pas bien les contours de Plœmeur, je crois même que je confondais ses limites avec celles de Lorient, Larmor et Guidel.

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Eglise de Ploemeur un soir de septembre 2016

Comme j’avais pris le vélo, je me suis documentée à l’Office de Tourisme pour avoir des cartes. Une de mes passions est la recherche des mégalithes. Découvrir des mégalithes à vélo, c’est idéal. La jeune femme m’a remis de nombreuses fiches sur les chapelles et les mégalithes et m’a recommandé les voies vertes, violettes, bleues, etc.

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Carte des mégalithes de Plœmeur avec les voies vertes

Lors d’un premier séjour, ma fille m’avait emmenée jusqu’à Lomener. J’avais pu le faire. Je pouvais continuer seule, en allant doucement d’abord, puis en augmentant le kilométrage et les efforts. J’avais fait une pneumonie l’hiver dernier, parce qu’opérée d’un œil l’été précédent, je n’avais pas osé prendre de risques, je n’avais pas fait de vélo, je n’étais pas allée nager. C’était une erreur, je n’avais pas accumulé la vitamine D et je m’étais fragilisée. J’étais sortie de cette épreuve pulmonaire hivernale sans souffle et sans muscle. Tout avait fondu. Je n’avais pas pu faire les tâches de bûcheronnage qui me sont habituelles au cours de l’hiver. J’avais perdu deux mois de travail d’écriture. Je ne voulais pas revivre un hiver pareil.

J’avais donc repris le vélo en fin de printemps, dès que je m’étais sentie plus forte, et j’allais nager régulièrement à Merrien à trois kilomètres de chez moi, ce qui me faisait un aller et retour de six kilomètres. Juste un petit entraînement. Mais déjà je reconstruisais ma musculature, retrouvais un peu de souffle et surtout reprenais confiance en moi.
Les enfants habitent au centre de Plœmeur, tout près de l’église. Si je voulais aller me baigner, je devais faire au moins huit kilomètres, Lomener, la plage la plus proche, dans l’anse du Stole, est à environ quatre kilomètres. Je l’avais fait une fois, je pouvais le refaire.

Mi-août, j’avais reçu mon nouvel iPad et un iPhone et j’avais l’intention de rédiger un guide d’utilisation pour les auteurs francophones de l’application Scrivener pour iOS. J’avais testé l’application nomade à Merrien, au cours de mes balades pour me baigner. C’était une bonne façon de me libérer l’esprit que de pouvoir écrire au bord de la mer, comme autrefois je notais mes idées dans mon journal, assise sur le sable ou dans les rochers. Circuler, bouger, permet de faire décanter les idées. J’ai souvent trouvé des solutions informatiques loin de mon clavier et de mon écran de bureau. Et ça depuis un quart de siècle. Je visualisais mieux les problèmes quand je n’avais pas le nez sur l’écran. Décantation productive. Recul et réflexion. Solutions et actions.

 

Bureau d’été 2016 : iPad mini 4 dans sac à dos

J’ai installé une application sur l’iPhone, Cyclemeter. J’ai pu voir très vite que je faisais plus de kilomètres que je ne me croyais capable de faire. Jamais de ma vie, je n’avais fait autant sans efforts majeurs. Il m’arrivait d’en faire plus de dix-huit, quand je ne trouvais pas le mégalithe cherché, parce que ma carte n’était pas juste, parce que le panneau n’était pas visible. Je continuais au gré de mes errances. Mais la carte du GPS de Cyclometer m’indiquait au moins où j’étais.

Dès le premier jour, m’étant un peu perdue, devant traverser une grande route (car ça circule beaucoup à Plœmeur), j’avais demandé mon chemin à un promeneur avec son chien. Il m’avait rassurée, me disant : « A Plœmeur, vous pouvez toujours trouver un chemin vers la mer. »

Je cherchais donc les chemins vers la mer. Je voulais nager le plus souvent possible. Pendant le mois de septembre, il faisait un temps extraordinaire, avec une petite brise agréable et une température idéale pour pédaler et aller nager.

Mon emploi du temps d’écriture active était réglé ainsi.

Le matin, très tôt, le petit chat posait sa patte de velours sur ma joue, comme pour me dire : « Il est temps de te lever, tu dois travailler. »

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Yoga du matin du petit chat Yuzu

Il avait raison, c’est le matin que je travaille mieux. Je prenais l’iPad, le clavier et je travaillais mes chapitres. La rédaction s’est faite assez vite.

Parfois, j’allais à la boulangerie dès l’ouverture, en bas sur la Place de l’Eglise, ce que je ne peux pas faire chez moi en pleine campagne, sauf quand je fais lever mon pâton ou ma brioche pendant la nuit et que je me lève pour faire chauffer mon four avec la plaque réfractaire pour avoir du pain frais et de la brioche chaude au petit déjeuner. Bon, c’est assez exceptionnel quand même. Là, je croisais des gens qui partaient au travail avant le le lever du jour. Chez moi, je ne croise que des chevreuils ou les chiens des voisins.

J’écrivais encore pendant la matinée, pas très longtemps, jamais plus de quatre heures. Ensuite, j’avais besoin de bouger.

Je prenais beaucoup de plaisir à faire mes courses dans le quartier, ne me contentant pas des grandes surfaces habituelles où je fais mes courses toutes les six semaines, pour ne pas avoir à sortir de chez moi.

Le dimanche, j’avais le marché autour de l’église, où je m’offrais quelques extras. J’ai réalisé quelques bons petits plats, dont j’ai congelé une partie pour le retour des enfants.

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Plage du Courégant, marée haute. En face, l’île de Groix

Je préparais mon picnic et partais en fin de matinée à la découverte de Plœmeur, de ses mégalithes et de ses plages. Après mon bain quotidien, je mangeais mon picnic sur la plage. Je rentrais ensuite tranquillement, par une autre route.

Très vite, j’ai réussi à faire une moyenne de 15 kilomètres par jour. Parfois 18 ou 19. J’étais encouragée en voyant mes performances, non pas de vitesse, mais d’endurance. Je ne suis pas une sprinteuse, mais je peux être une marathonienne.

Je suis revenue enchantée de mon séjour en Morbihan. Je n’ai pas besoin d’aller au bout du monde pour sentir battre mon cœur. Chaque rocher ici est un bout du monde exotique, tourné vers l’ailleurs et formidablement intérieur.

Je dirai dans un autre article tout ce que j’ai découvert à Plœmeur. Dans celui-ci, je veux insister sur le vélo et sur ce que sa pratique un peu plus fréquente que les années dernières m’apporte de bien-être et de réconfort.

En rentrant à Moëlan, j’ai décidé de continuer le vélo. Si j’ai pu aussi bien découvrir Plœmeur grâce à ce simple mode de locomotion, je dois pouvoir découvrir ma commune à vélo, aller dans des villages où jamais une voiture ne m’avait conduite, découvrir d’autres chemins creux. Je veux être en forme cet hiver, retrouver assez de forces physiques pour faire les travaux au jardin et le bûcheronnage du parc.

J’ai mis une autre application sur l’iPhone : Strava.

Un de mes amis Facebook, Jeffrey Levin, designer de bijoux en Californie, avait mis un jour une photo de sa baie avec son parcours à vélo vers le Golden Gate Bridge. Whaouh ! Je m’étais dit que moi-aussi j’avais une baie non loin de chez moi, pas aussi prestigieuse, certes, mais bien réelle, vivante et stimulante. Il m’a fait l’honneur de m’accepter sur Strava et depuis je mets moi aussi mes sorties à vélo, matinale ou du midi.

Ma baie à moi, elle donne d’un côté vers l’île de Groix, de l’autre vers les Glenan. Et l’horizon est immense.

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Vélo Raleigh sur sentier côtier

 

Un autre ami anglais publie ses entrainements de course à pied. Alain Miles avait publié son premier ebook sur l’iPad en même temps que moi via Smashwords dès avril 2010. Il a résolu de graves problèmes physiques en courant, il est un des meilleurs seniors du demi-marathon au Royaume-Uni. Son exemple me donne du courage pour sortir régulièrement à vélo. Un ami français parisien, Stéphane Mérand, y publie ses courses dans Paris et sa banlieue et ça me fait complètement rêver. Je n’ai pas la prétention de faire autant de kilomètres qu’eux, mais j’ai la tentation d’aller un peu plus loin dans mes propres efforts, en gardant des sorties régulières. Voir que mes plus petites courses font neuf à dix kilomètres, quand je pensais n’être pas capable de faire plus de six kilomètres me conforte dans ma démarche et me donne du courage pour continuer.

En ce dimanche 13 novembre, terrible date anniversaire, mon ami parisien a partagé une belle expérience. Un de ses amis a partagé sur Facebook une course Strava de 56 km pour tracer dans Paris le symbole de la paix.


Un bel hommage aux victimes des attentats de Paris du 13 novembre 2015.

#peaceforparis


Voilà comment j’ai découvert Plœmeur à vélo et comment ça a changé ma vie. C’est une activité gratuite qui fait du bien au corps et à l’âme. Le guide Scrivener plus simple pour iPhone et iPad est le fruit de ces pérégrinations cyclistes marines.

Et vous, vous lancez-vous ce genre de défi ? Est-ce que ça vous aide dans votre créativité ? Avez-vous des secrets de forme à partager ? Je suis néophyte, j’ai tout à apprendre. Continuer à apprendre permet de bien vieillir et j’ai à cœur de bien vieillir.

À bientôt pour d’autres aventures.

Gaelle

Kerantorec, le 13 novembre 2016



Crédits

Le petit chat : Yuzu

Les applications de course : Strava et Cyclometer

Les cyclistes : Jeffrey Levin, Stéphane Mérand, Dmitry Kostiukov

Le coureur à pied anglais : Alan Miles

Le vélo : Raleigh (années 90)

Les mobiles : iPhone 5c et iPad mini 4 (Apple)

L’application d’écriture : Scrivener for iOS

Les communes : Moëlan-sur-mer (Finistère) et Plœmeur (Morbihan)

Moëlan-sur-Mer, devise en breton : deus an douar ha deus ar mor (de la terre et de la mer)

Blog auteur gaellekermen.net

Blog Kerantorec : bricolage-jardinage

© Tous droits réservés 2016 Gaelle Kermen et ACD Carpe Diem

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Trois panneaux de trop

A propos de la Presqu’île de Quiberon

En général, quand on va à Quiberon, on n’en revient pas en colère. J’avais entendu tant de bien sur Quiberon que j’en attendais plus. Le matin même à l’hôtel j’avais lu dans Ouest-France un article sur la baronne Nadine de Rothschild. Une de mes riches amies venait régulièrement y faire des cures de Thalasso. D’autres amis traversaient la presqu’île pour prendre le bâteau jusqu’à leur maison de Belle-île. J’étais moi-même venue en septembre 1983 à Port-Maria pour aller jusqu’à l’ile d’Houat et en revenir. J’étais tellement épuisée à l’époque par mon travail saisonnier que je n’ai gardé aucun souvenir de la traversée de la presqu’île. Je l’ai donc revue avec des yeux neufs. Mais critiques. Non formatés. Sincères. Comme il se doit quand on prétend, comme je le fais depuis mes 16 ans, prendre des notes sur la réalité et en porter témoignage. En dehors des circuits éditoriaux assujettis.

Franchement, il y a trop de maisons à mon goût dans ce bord de mer de Morbihan. Beaucoup plus qu’en Finistère. Ça m’a plus évoqué la banlieue parisienne qu’un village de bord de mer, mis à part certains vieux quartiers autour de Portivy ou de Port-Haliguen qui ont gardé un certain cachet architectural, construits dans des lieux abrités de l’île.

Comme le but de ce voyage de Noël 2009 et Nouvel an 2010 était le bout du monde, nous avons cherché le bout du monde du Morbihan. Nous sommes donc allées jusqu’à la Pointe du Conguel. Par un vent fou et un soleil absolu, dans une lumière extraordinaire.

Déjà en descendant de l’auto sur le parc, une rangée impressionnante de panneaux d’interdiction. Pas eu le temps de les lire ni de les photographier car je conseillais au téléphone mobile ma fille Ana qui, à Toulouse, prenait en main son nouvel iMac. J’ai marché sur le sentier vers la Pointe dont la dune est entièrement cernée de palissades de bois.

Premier panneau
Là premier panneau : « Cet espace est fragile, respectez-le, ne marchez pas en dehors des sentiers, bla bla bla bla bla bla ». Ce panneau est un gros pieu enfoncé dans la dune et déjà me parait plus prédateur que tous ces marcheurs que j’ai croisés avec leurs chiens, heureux de partager un beau moment d’hiver en pleine nature. Il y avait un tel vent que je n’ai pas continué sur le sentier qui conduisait à la table d’orientation de la Pointe mais je suis descendue sur la plage côté ouest. La chienne Uline m’y a suivie allègrement.

Deuxième panneau
Là j’ai vu le deuxième panneau, toujours un gros pieu enfoncé dans la dune : « Ne touchez pas aux galetx, laissez-les où la mer les a déposés, sinon vous abîmez la dune, bla bla bla bla bla bla. » Ça a commencé à bien m’énerver. Trois jours avant j’avais fait une expérience, à Merrien lors de la première pêche de l’année. J’avais posé dans un creux de rocher un gros morceau de quartz, utilisé an masse sur mon couteau à huîtres, espérant le retrouver le lendemain. Evidemment je ne l’ai pas retrouvé, la grande marée de la nuit l’avait emporté ailleurs. Alors franchement je ne suis pas sûre que jouer avec quelques galets sur la plage, ou même prendre une tonne de galets si on le pouvait soit préjudiciable à la dune, si on accepte son principe de métamorphose naturelle.

Quiberon : une vieille femme liftée
Bien sûr si on veut qu’elle reste en l’état, peut-être. Mais c’est là que Quiberon m’a évoqué une femme qui dans les années 70 vantait les liftings de visage qui lui permettait de gagner quelques années, je l’ai revue il y a un an, quand elle m’a souri, j’ai eu peur que son visage craque.

Je pense qu’il est absurde de vouloir asservir une nature sauvage qui se transforme (Quiberon a d’abord été une île et peut le redevenir) en la conservant selon la volonté humaine. Cette artificialisation de la côte est plus préjudiciable que si tous les festivals Hellfest du monde, que le Parc Lemot de Clisson accueille chaque été dans un parc bien plus sophistiqué que la Pointe du Conguel, y stationnaient en permanence.

Troisième panneau
Ensuite nous avons continué par la côte sauvage de Quiberon. Là troisième panneau : « Partageons la route. » Avec qui ? Avec les goélands à babord ? Les militaires à tribord ? Militaires qui ont dû faire plus de dégâts sur la presqu’île toute entière que n’en feront jamais les marcheurs même avec leur chiens, même en moto trial. Ou alors avec les éléphants roses qui s’échappent de la tête des gens dans leurs bureaux qui conçoivent de tels panneaux ? Nous avons d’ailleurs failli avoir un accident parce que le panneau nous a tellement interloquées que nous n’avons pas vu l’embranchement vers la côte sauvage, où un peu plus loin nous avons revu le même panneau bleu qui, par son rappel, empêchait la pilote de bien se concentrer sur la route plus étroite, sans bas-côté, sans ligne blanche au milieu, etc. Partageons la route ! Mais de qui se moque-t-on ? Qu’est-ce qu’on fait quand on roule sur une route sinon la partager ? ON nous prend pour des cons ! C’était le panneau de trop.

J’ai eu mal à la terre
Toute la côte sauvage était balisée de pieux enfoncés et j’ai eu mal à la terre, j’ai eu mal de penser que cette côte a subi les assauts de machines énormes, aux vibrations terribles, qu’elle a été ouverte artificiellement et qu’elle a été blessée, réellement blessée, je l’ai ressenti au plus profond de mon âme.

Si cette côte est si belle, c’est parce que la mer, le vent, les vagues, les galets ont fait leur travail de sape et l’ont dessinée et redessinée. Laissons la mer faire son travail. Les éléments faire le leur. Et contentons-nous d’admirer et de respecter, ce qui n’est pas le cas avec les mesures que j’ai constatées lors de ce voyage au bout du monde.

Qu’on arrête avec ces admonestations continuelles, ces culpabilisations permanentes, ces dévalorisations de nos êtres. Arrêtons de tout interdire. Car ça risque de faire l’effet contraire.

J’avais envie de transgresser devant ces panneaux stupides. De devenir délinquante ! Moi qui ai éduqué mes enfants au respect de la nature, « jamais on ne laisse de trace derrière soi », je me sentais devenir délinquante. A méditer !

© gaelle kermen 2010

Voyage d'hiver

Le voyage d’hiver est très agréable. Nous l’avions expérimenté l’an dernier en remontant de Marseille et Arles après la visite de l’exposition van Gogh-Monticelli à la Vieille Charité du Quartier du Panier à Marseille. Remontant par Moissac et Fontevraud, dans la neige…

Ce Noël 2009 au bout du monde nous a révélé des paysages transparents, mettant en valeur la moindre chapelle au bord de la route, dissimulée par les ombrages des feuilles en été. Nous avons vu de très loin certains lieux que nous n’aurions vu qu’en arrivant comme la chapelle Notre-Dame de Bon Voyage avant la pointe du Raz ou les tours des ruines du Manoir de Saint-Pol Roux à Camaret.
Nous avons pu admirer, et j’ai pu photographier, sans gêne aucune les calvaires dans les enclos paroissiaux ou les statues et tableaux dans les églises ou chapelles.
Nulle part nous n’avons attendu pour entrer quelque part, ni au Musée de Quimper ni au Musée de Vannes, même s’il y avait dans les deux un bon flux de visite.
Les routes étaient dégagées, sans les bouchons estivaux.
Et la lumière était sublime, la mer changeait encore plus souvent qu’en été et les paysages se sont déroulés au fil de la route avec un émerveillement constant.

© gaelle kermen 2010

Relation du voyage commun

Le voyage a été multiple puisqu’il a été fractionné en plusieurs endroits : d’abord Toulouse, du lundi 15 décembre au mardi 23 au matin, puis Villemagne pour fêter Noël en famille jusqu’au 29 décembre au matin où Jose-Anne, Ana et moi, nous roulé jusqu’à Marseille, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je cite leurs noms. Le 1 janvier nous avons rejoint nos amis Moore à Arles.
Le 2 janvier nous sommes rentrées vers Castelnaudary, nous reposer un peu.
Le retour s’est fait à deux, Jose-Anne et moi, de Toulouse à Pont-Aven, en passant par Moissac, Fontevrault, Angers, Vannes et la maison le 9 janvier.

Le voyage à Marseille était l’exposition Van Gogh-Monticelli.

Nous avons retrouvé 30 décembre 2008 mes amis Martine et Anthony Moore que je n’avais pas revus depuis août 1982. La soeur de Martine était là aussi, j’avais été son institutrice de quelques jours à saint-Prix (Val d’Oise) en 1965. Maintenant elle est professeur de philosophie à Montpellier.
Nous avons visité ensemble l’exposition Van Gogh-Monticelli, qui est à l’origine de notre idée de voyage.
Nous avons déjeuné (mal) au restaurant du Musée de la Vieille Charité mais c’était l’occasion de faire ou refaire connaissance.

Jose-Anne, Ana et moi, avons passé le réveillon du Nouvel le soir du 31 décembre au Panier selon la tradition marseillaise entretenue par Raymond le Patriarche. J’ai fait un beau portrait de lui, intitulé « Raymond empereur du Panier ». Car il a une tête d’empereur romain ou arlésien. Nous avons pu fêter la fin d’année à la provençale avec de vrais amis provençaux dans l’ambiance exceptionnelle d’une vraie crêche provençale.

Le lendemain, le matin du 1er janvier 2009, nous avons rejoint Arles où là encore, nous avons été reçues fastueusement.
Martine et Anthony nous offraient la chambre à l’hôtel de l’Amphithéâtre, en face de la maison de Christian Lacroix. Une chambre avait été retenue pour Jose-Anne et ses petites chiennes qui faisaient partie du voyage.

Le 2 janvier nous avons repris le chemin du retour car Ana devait rentrer à Toulouse pour des partiels d’histoire de l’art dès le lundi matin. Nous avons traversé la Camargue puis la plaine de Carcassonne, avons laissé Ana à la gare de Castelnaudary en fin de journée et sommes restées Jose-Anne et moi deux jours nous reposer à Villemagne.

Le dimanche matin 4 janvier, nous sommes reparties vers Toulouse déposer des affaires à Ana, avons mangé un morceau ensemble et avons quitté Toulouse vers 14 heures 30 pour Moissac où nous avons pris notre premier hôtel au Chapon fin sur la grande place, non loin de la Cathédrale Saint-Pierre et de l’abbaye de Moissac.

Le lendemain, lundi 5 janvier, nous faisions la visite de ce bel ensemble qui avait fait l’objet du choix de Jose-Anne. Le mien était l’abbaye de Fontevraud pour m’incliner sur le tombeau d’Aliénor d’Aquitaine. Ces deux choix ont guidé notre itinéraire car ce n’est pas courant de faire ce genre de visites en plein hiver surtout quand la neige s’apprête à être au rendez-vous ainsi que l’on nous en avait averti en quittant Moissac. Fontevraud étant à 30 kilomètres de Pouzay, c’était l’occasion pour José-Anne de revoir une vieille amie, ravie de nous recevoir à déjeuner et peut-être loger dans un gîte à Sainte-Maure de Touraine. Mais lorsque nous l’avons appelée de Lussac les châteaux, la neige était chez elle et elle nous conseillait de rester à Chatellerault. Après un bouchon qui aurait pu mal tourner à 15 kilomètres de Chatellerault nous avons pu loger au Campanile sur la ZA près de l’autoroute et nous avons pris des chambres séparées pour bien nous reposer. Cet épisode a été le sommet de nos aventures. J’ai pu prendre des notes ce soir-là à l’hôtel dans mon journal habituel.

Le mardi 6 en fin de matinée, nous avons rejoint Pouzay dans la neige et avons passé un bon moment entre amies passionnées par la culture, la peinture, le jardin, les plantes, la musique, le bon vin, la vie.

L’après-midi nous avons continué vers Fontevraud où nous n’avons pas trouvé de gîtes, les chiennes n’étant pas acceptées. Nous avons donc logé à l’Hôtel-Château Collection, La Marine de Loire, un monument de prétention décorative sur lequel je reviendrai malgré l’accueil très sympathique et chaleureux de la propriétaire qui faisait ce qu’elle pouvait dans des conditions météorologiques qui empêchaient son employée de venir travailler.

Nous avons visité l’abbaye royale de Fontevraud le mercredi matin 7 janvier à 11 heures dans la neige, un émerveillement de blancheur !

Puis nous avons repris la route vers Angers où nous avons pris un hôtel All Seasons. Nous avons fait un tour de ville à la nuit, avec plein de gens car c’était le premier jour des soldes. Passer d’Aliénor d’Aquitaine aux marques en vogue est un choc culturel !

Nous avons dîné à L’ambassade, d’un repas traditionnel que j’offrais à Jose-Anne avec une demi-bouteille de Nicolas de Bourgueil recommandé par Jean-Yves à Noël comme le vin de Louis XIV, longtemps réquisitionné par lui à son usage personnel.

Le lendemain 8 janvier nous avons suivi la visite guidée de l’Apocalypse de Saint-Jean, puis nous avons visité le château, la salle des maquettes, les 7 tapisseries du Logis Royal, les remparts, la vigne, le jardin des simples.
L’après-midi je suis allée visiter la cathédrale avant de revenir acheter un Quart de Chaume mythique en souvenir de mon père et un Nicolas de Bourgueil en cadeaux de dernier moment.

Enfin nous avons quitté Angers pour reprendre le chemin du retour.
Mais j’étais fatiguée, c’était le jour anniversaire de la mort de Samson et j’étais perturbée, je perdais mes gants, mon chapeau, je n’étais pas tout à fait moi-même. J’aurais aimé rentrer directement par l’autoroute et trouver un hôtel à Nantes pour visiter le lendemain matin le musée des Beaux-Arts comme j’aurais aimé pouvoir visiter celui d’Angers.

Mais j’étais tributaire de la gentillesse et de la générosité de José-Anne qui a eu envie de rentrer par la vieille route qu’elle empruntait si souvent lorsqu’elle venait de Paris à Quimperlé.
Nous avons fait un détour vers Couffé, le village natal de François-Athanase, chevalier Charette de la Contrie, frère de l’ancêtre d’Edwina qui fut anobli par Charles X. Une belle statue dans une belle lumière du soir.

Le temps était froid et il n’était pas possible de rentrer chez nous par une température aussi basse. Jose-Anne a décidé de pousser jusqu’à Vannes car elle n’avait pas envie d’entrer dans Nantes au moment où la circulation était aussi dense avant 18 heures, ce que je comprenais. Mais la route jusqu’à Vannes était plus longue qu’elle ne le pensait. Et nous étions bien fatiguées.

Nous avons pris un hôtel style année 50, la Chaumière. Nous avons fait un long détour pour aller au restaurant pourtant proche et je n’en pouvais plus. Et j’ai trébuché sur un trottoir en tombant lourdement ! le genre de choc que je n’avais jamais connu de ma vie, j’ai cru que là je m’étais cassé quelque chose, mais non j’ai pu me relever, aller au restaurant proche, prendre la dosette d’arnica montana que j’avais dans ma pochette, manger un peu et rentrer à l’hôtel. Ça a été dur mais j’ai pu le faire. La petite chienne Uline est venue se coucher contre moi pendant la nuit comme si elle voulait enlever le mal.

La nuit a été un peu dure mais j’ai dormi. Le lendemain j’ai pu marcher un peu dans la vieille ville de Vannes et visiter la cathédrale mais j’en avais assez. A midi j’ai dit que je voulais rentrer et nous sommes arrivées à 13h30 à Kerantorec.

Depuis mon bras s’est remis doucement, de noir il est devenu bleu et jaune puis bleu violet tendre, et c’est pourquoi je peux enfin écrire ces notes de relation du Voyage dans le Sud.

Toulouse La Daurade et la Vierge Noire

Le temps est gris sur Toulouse.

Le temps passe très vite, je fais aussi plus de courses que je n’en fais d’habitude et plus de cuisine. Cela a permis de recevoir impromptu un ami de Ana hier soir, Sébastien qui avait repiqué le monogramme d’YS sur Illustrator. Nous avons passé une agréable soirée avec Marina la colocataire de Ana, belle jeune fille de 18 ans, en hypokhâgne au lycée Pierre de Fermat près de l’église des Jacobins et du Musée des Jacobins. Elle y va en Velib.

Hier après-midi je me suis promenée jusqu’à la Daurade pour revoir la Vierge noire. L’église était vide. C’était très impressionnant dans la tombée de la nuit, l’église était sombre comme une crypte alors qu’on doit monter des marches comme si on entrait dans un appartement.

La Vierge noire elle-même trône avec son fils au sommet d’une composition très rococo, l’ensemble représente un sacré foutoir, peu lisible. A la limite on se demande ce qu’elle fait là.

J’aurais assez envie, si je devais lui créer une robe comme je le conseille à Coralie, de faire des écharpes qui masqueraient tout ce qui est à ses pieds, des étoles, des châles, des tapis blancs qui effaceraient tout l’environnement et les laisseraient simplement se révéler en contrejour ou plutôt en transparence. La dévotion serait alors plus évidente, car les personnages sont trop présents par rapport à la Vierge.

il faudrait redonner à la Vierge toute sa dimension au-dessus de la mêlée pour qu’elle puisse rayonner librement. Là elle a les pieds collés au sol trop lourd. Elle a des sabots dans la boue quand elle devrait avoir des pieds ailés.

Chaque époque a son esthétisme et l’esthétisme religieux du dernier siècle est souvent discutable. Celui-ci est dans le genre pire saint-sulpicien si c’est possible.

Oui, moi je la remettrais dans les nuées. Eventuellement juste avec une étole arc-en-ciel au-dessus des nuages, en symbole d’harmonie entre les couleurs des peuples du monde.
Alors la voûte au-dessus d’elle redeviendrait aussi plus lumineuse.

© gaelle kermen 2009