Voyage dans le Sud #3

Ce voyage aurait dû être plus joyeux qu’il ne peut l’être, j’emporte dans mes bagages la perte brutale violente d’une amie très chère, samedi soir. Tout parait dérisoire. Pourtant la vie continue. Il le faut. Je me sens lourde d’une autre énergie.
Hier matin nous sommes parties, Jose-Anne, ma compagne de voyage, et moi de Kerantorec, direction Brest. Nous aons visité le port de commerce, je frétille et devient excitée comme une puce quand je vois les grues d’un port, puis le Musée. Nous avons cassé la croûte dans le parc du Conservatoire botanique, puis direction Guipavas.
Ryanair impeccable, une superbe organisation. Rien à dire. Efficace. Calibrés comme des sardines dans une boite, mais tout roule ! Pour 25 euros tout compris, bravo !
Marseille sous la pluie mais très peu eu égard aux inondations du Var.
Hôtel des Gens de Mer, où j’écris de la terrasse en ce moment.
Ce matin j’ai essayé de voir le lever du soleil sur le port de Marseille mais tout est en travaux.
A ce soir pour Arles…
© gaelle kermen 2010

Reprise d'ecriture apres le voyage

J’essaie donc de reprendre mon rythme d’écriture après une interruption de plus d’un mois. Quand j’ai du temps, je ne vis pas grand chose mais je peux l’écrire et quand je vis des choses je n’ai pas le temps de les écrire ! je retrouve le dilemme des années 60-70 où je vivais tant de choses intensément et étais toujours un peu frustrée de ne pas les écrire en suffisance !

Par quel bout prendre la relation de notre voyage ? Je peux le faire en plusieurs thèmes :
D’abord l’itinéraire rapide, puis le détail du voyage, les événements notoires, l’exposition Van Gogh-Monticelli, le Mac, ou la visite de l’atelier de Martine Moore à Arles, les visites des abbayes et cathédrales, enfin les hôtels. Grosso-Modo il me faudrait traiter tout ça.

Apres le voyage dans le Sud

Kerantorec, lundi 12 janvier 2009, trois jours après le retour du voyage.

Grâce à mon MacBook, j’espérais devenir un écrivain voyageur. Je me voyais déjà prendre des notes au fil des heures, au gré des rencontres et des aventures. Mais je ne suis pas un écrivain voyageur. Un écrivain voyageur doit voyager seul sans doute car je n’ai pas trouvé la solitude qui m’est nécessaire pour écrire. J’ai trouvé la chaleur humaine. Difficile d’avoir tout en même temps !

Pour moi qui n’avais quitté mes talus bretons que quelques jours à Paris en octobre 1997, puis en décembre 2005 à Marseille et Paris, partir près de quatre semaines est un événement en soi remarquable.

Je suis rentrée vendredi après-midi et je ne suis pas sûre de pouvoir encore écrire toutes les aventures de notre voyage de fin d’année 2008 et de début d’année 2009. Je suis tombée le dernier soir à Vannes sur le trottoir, enfin sec, et je me suis douloureusement reçue sur mon bras gauche. J’ai encore mal partout mais rien n’est cassé.

L’avantage du MacBook a été de pouvoir gérer les photos à peu près tous les jours et c’est un grand progrès par rapport aux anciens voyages, pas si lointains, qui nécessitaient d’attendre d’abord de retrouver son ordinateur et plus longtemps encore lorsque les appareils numériques n’existaient pas et que le développement des photos par un laboratoire nécessitaient quelques jours d’attente.

J’ai donc pu légender les photos, les redresser, éliminer les ratées au fur et à mesure.

J’ai essayé de synthétiser la journée sur Facebook le soir à l’hôtel pour tenir mes ami(e)s au courant de mes péripéties mais une phrase ne résumait guère nos aventures et j’étais trop fatiguée ou n’étais pas assez seule pour prendre plus de notes sur mon journal MiLife. Je gardais juste le contact.

Je suis restée plusieurs jours sans vraiment pouvoir me connecter à Villemagne, sans ADSL. A Marseille, nous avons été trop occupées à voir l’exposition Van Gogh-Monticelli, le MAC et à préparer le soir du 31 décembre pour pouvoir demander à nos hôtes l’autorisation de nous connecter à leur Livebox. Dès mon arrivée à Arles, le Macbook dans sa sacoche à la main, Anthony Moore m’a posé la question magique : "Do you want to connect ? " "Yes, please !" ai-je répondu ! "I understand !" dit-il…

Je dois arrêter là pour l’instant, j’ai tous les muscles qui se bloquent dans le dos, les côtes, je suis mal !

Relation du voyage commun

Le voyage a été multiple puisqu’il a été fractionné en plusieurs endroits : d’abord Toulouse, du lundi 15 décembre au mardi 23 au matin, puis Villemagne pour fêter Noël en famille jusqu’au 29 décembre au matin où Jose-Anne, Ana et moi, nous roulé jusqu’à Marseille, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je cite leurs noms. Le 1 janvier nous avons rejoint nos amis Moore à Arles.
Le 2 janvier nous sommes rentrées vers Castelnaudary, nous reposer un peu.
Le retour s’est fait à deux, Jose-Anne et moi, de Toulouse à Pont-Aven, en passant par Moissac, Fontevrault, Angers, Vannes et la maison le 9 janvier.

Le voyage à Marseille était l’exposition Van Gogh-Monticelli.

Nous avons retrouvé 30 décembre 2008 mes amis Martine et Anthony Moore que je n’avais pas revus depuis août 1982. La soeur de Martine était là aussi, j’avais été son institutrice de quelques jours à saint-Prix (Val d’Oise) en 1965. Maintenant elle est professeur de philosophie à Montpellier.
Nous avons visité ensemble l’exposition Van Gogh-Monticelli, qui est à l’origine de notre idée de voyage.
Nous avons déjeuné (mal) au restaurant du Musée de la Vieille Charité mais c’était l’occasion de faire ou refaire connaissance.

Jose-Anne, Ana et moi, avons passé le réveillon du Nouvel le soir du 31 décembre au Panier selon la tradition marseillaise entretenue par Raymond le Patriarche. J’ai fait un beau portrait de lui, intitulé « Raymond empereur du Panier ». Car il a une tête d’empereur romain ou arlésien. Nous avons pu fêter la fin d’année à la provençale avec de vrais amis provençaux dans l’ambiance exceptionnelle d’une vraie crêche provençale.

Le lendemain, le matin du 1er janvier 2009, nous avons rejoint Arles où là encore, nous avons été reçues fastueusement.
Martine et Anthony nous offraient la chambre à l’hôtel de l’Amphithéâtre, en face de la maison de Christian Lacroix. Une chambre avait été retenue pour Jose-Anne et ses petites chiennes qui faisaient partie du voyage.

Le 2 janvier nous avons repris le chemin du retour car Ana devait rentrer à Toulouse pour des partiels d’histoire de l’art dès le lundi matin. Nous avons traversé la Camargue puis la plaine de Carcassonne, avons laissé Ana à la gare de Castelnaudary en fin de journée et sommes restées Jose-Anne et moi deux jours nous reposer à Villemagne.

Le dimanche matin 4 janvier, nous sommes reparties vers Toulouse déposer des affaires à Ana, avons mangé un morceau ensemble et avons quitté Toulouse vers 14 heures 30 pour Moissac où nous avons pris notre premier hôtel au Chapon fin sur la grande place, non loin de la Cathédrale Saint-Pierre et de l’abbaye de Moissac.

Le lendemain, lundi 5 janvier, nous faisions la visite de ce bel ensemble qui avait fait l’objet du choix de Jose-Anne. Le mien était l’abbaye de Fontevraud pour m’incliner sur le tombeau d’Aliénor d’Aquitaine. Ces deux choix ont guidé notre itinéraire car ce n’est pas courant de faire ce genre de visites en plein hiver surtout quand la neige s’apprête à être au rendez-vous ainsi que l’on nous en avait averti en quittant Moissac. Fontevraud étant à 30 kilomètres de Pouzay, c’était l’occasion pour José-Anne de revoir une vieille amie, ravie de nous recevoir à déjeuner et peut-être loger dans un gîte à Sainte-Maure de Touraine. Mais lorsque nous l’avons appelée de Lussac les châteaux, la neige était chez elle et elle nous conseillait de rester à Chatellerault. Après un bouchon qui aurait pu mal tourner à 15 kilomètres de Chatellerault nous avons pu loger au Campanile sur la ZA près de l’autoroute et nous avons pris des chambres séparées pour bien nous reposer. Cet épisode a été le sommet de nos aventures. J’ai pu prendre des notes ce soir-là à l’hôtel dans mon journal habituel.

Le mardi 6 en fin de matinée, nous avons rejoint Pouzay dans la neige et avons passé un bon moment entre amies passionnées par la culture, la peinture, le jardin, les plantes, la musique, le bon vin, la vie.

L’après-midi nous avons continué vers Fontevraud où nous n’avons pas trouvé de gîtes, les chiennes n’étant pas acceptées. Nous avons donc logé à l’Hôtel-Château Collection, La Marine de Loire, un monument de prétention décorative sur lequel je reviendrai malgré l’accueil très sympathique et chaleureux de la propriétaire qui faisait ce qu’elle pouvait dans des conditions météorologiques qui empêchaient son employée de venir travailler.

Nous avons visité l’abbaye royale de Fontevraud le mercredi matin 7 janvier à 11 heures dans la neige, un émerveillement de blancheur !

Puis nous avons repris la route vers Angers où nous avons pris un hôtel All Seasons. Nous avons fait un tour de ville à la nuit, avec plein de gens car c’était le premier jour des soldes. Passer d’Aliénor d’Aquitaine aux marques en vogue est un choc culturel !

Nous avons dîné à L’ambassade, d’un repas traditionnel que j’offrais à Jose-Anne avec une demi-bouteille de Nicolas de Bourgueil recommandé par Jean-Yves à Noël comme le vin de Louis XIV, longtemps réquisitionné par lui à son usage personnel.

Le lendemain 8 janvier nous avons suivi la visite guidée de l’Apocalypse de Saint-Jean, puis nous avons visité le château, la salle des maquettes, les 7 tapisseries du Logis Royal, les remparts, la vigne, le jardin des simples.
L’après-midi je suis allée visiter la cathédrale avant de revenir acheter un Quart de Chaume mythique en souvenir de mon père et un Nicolas de Bourgueil en cadeaux de dernier moment.

Enfin nous avons quitté Angers pour reprendre le chemin du retour.
Mais j’étais fatiguée, c’était le jour anniversaire de la mort de Samson et j’étais perturbée, je perdais mes gants, mon chapeau, je n’étais pas tout à fait moi-même. J’aurais aimé rentrer directement par l’autoroute et trouver un hôtel à Nantes pour visiter le lendemain matin le musée des Beaux-Arts comme j’aurais aimé pouvoir visiter celui d’Angers.

Mais j’étais tributaire de la gentillesse et de la générosité de José-Anne qui a eu envie de rentrer par la vieille route qu’elle empruntait si souvent lorsqu’elle venait de Paris à Quimperlé.
Nous avons fait un détour vers Couffé, le village natal de François-Athanase, chevalier Charette de la Contrie, frère de l’ancêtre d’Edwina qui fut anobli par Charles X. Une belle statue dans une belle lumière du soir.

Le temps était froid et il n’était pas possible de rentrer chez nous par une température aussi basse. Jose-Anne a décidé de pousser jusqu’à Vannes car elle n’avait pas envie d’entrer dans Nantes au moment où la circulation était aussi dense avant 18 heures, ce que je comprenais. Mais la route jusqu’à Vannes était plus longue qu’elle ne le pensait. Et nous étions bien fatiguées.

Nous avons pris un hôtel style année 50, la Chaumière. Nous avons fait un long détour pour aller au restaurant pourtant proche et je n’en pouvais plus. Et j’ai trébuché sur un trottoir en tombant lourdement ! le genre de choc que je n’avais jamais connu de ma vie, j’ai cru que là je m’étais cassé quelque chose, mais non j’ai pu me relever, aller au restaurant proche, prendre la dosette d’arnica montana que j’avais dans ma pochette, manger un peu et rentrer à l’hôtel. Ça a été dur mais j’ai pu le faire. La petite chienne Uline est venue se coucher contre moi pendant la nuit comme si elle voulait enlever le mal.

La nuit a été un peu dure mais j’ai dormi. Le lendemain j’ai pu marcher un peu dans la vieille ville de Vannes et visiter la cathédrale mais j’en avais assez. A midi j’ai dit que je voulais rentrer et nous sommes arrivées à 13h30 à Kerantorec.

Depuis mon bras s’est remis doucement, de noir il est devenu bleu et jaune puis bleu violet tendre, et c’est pourquoi je peux enfin écrire ces notes de relation du Voyage dans le Sud.

2 janvier 2009 Arles hôtel de l'Amphithéâtre

Arles, hôtel de l’Amphithéatre en attendant mon petit déjeûner.

Voilà, la fin de l’année s’est passé à Marseille et la nouvelle à Arles.

Pas pu écrire sur ce MacBook, trop de gens autour de moi, trop de mouvements, trop de déplacements, trop de choses à voir, à penser, à organiser.

Tout s’est bien passé. Mes amies Macha et Martine se sont mises en quatre pour me recevoir avec Ana et avec mon amie Jose-Anne.

© gaelle kermen

31 décembre 2008 au Panier

Le mercredi 31 décembre, trajet à travers la ville par autobus, Pouce de César, visite du MAC, déjeuner Brasserie, retour en autobus, visite de la cathédrale La Major, retour au Panier. Huîtres chez Marius. Dîner traditionnel marseillais, chez des amis qui ne tiennent pas à ce que je les cite.

Dommage, j’avais fait un beau portrait de notre hôte en « Empereur du Panier ».

Nuit du 1 janvier au Panier.

Expo van Gogh-Monticelli, étape Marseille-Arles
par Gaëlle Kermen 2008-2009

Exposition van Gogh Monticelli par Ana Le Doze-Samson

L’exposition van Gogh Monticelli à La Vieille Charité du Quartier du Panier à Marseille du 16 septembre 2008 au 11 janvier 2009

Ana Le Doze-Samson

affiche expo van Gogh Monticelli
affiche expo van Gogh Monticelli

Depuis plusieurs mois, et ce, jusqu’à septembre 2009, de nombreuses expositions à travers le monde sont consacrées au peintre Vincent van Gogh (1853-1890), de New York à Bâle en passant par Vienne, Marseille, Amsterdam.

C’est à Marseille, au Centre de la Vieille Charité, qu’est présentée, de septembre 2008 à janvier 2009, une confrontation inédite du travail de l’artiste d’origine hollandaise et du peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886).

Une soixante d’œuvres, venant pour la plupart du van Gogh Museum d’Amsterdam et de collections particulières, tentent de faire le point sur cette filiation tant revendiquée par van Gogh. Pari bien risqué, pourtant, d’associer le nom d’un des peintres les plus universellement connus, à celui d’un artiste marseillais quasi méconnu jusqu’alors.

Tout commence en 1886, lorsque Vincent, plein d’espérance, quitte sa Hollande natale pour Paris, avec la conviction qu’au sein de ce milieu artistique fécond, il peut enrichir sa peinture. Grâce à son frère Théo, dirigeant de la succursale de la Maison Boussod & Valadon, il rencontre la jeune avant-garde : Georges Seurat, Paul Signac, Paul Gauguin, Emile Bernard… C’est dans ce contexte d’émulation et de découvertes, que l’artiste remarque, chez un modeste marchand de la rue Provence Joseph Delarebeyrette, l’œuvre d’un peintre provençal récemment décédé : Adolphe Monticelli. C’est sûrement Alexander Reid, marchand de Glasgow venu en France pour acheter des toiles impressionnistes, qui partageait une chambre avec Vincent, qui est à l’origine de cette visite. A cette date l’œuvre de Monticelli trouve en effet de nombreux adeptes en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Vincent, instantanément charmé par la peinture de celui-ci, encourage son frère à en faire la promotion. Il souhaite réhabiliter cet artiste trop peu connu, selon lui, du marché de l’art français et pense même, un jour, se rendre à Marseille afin d’acquérir quelques unes de ses toiles.

Dès l’été 1887, germe dans son esprit le désir de partir. En 1888, fatigué par la vie parisienne et à la recherche de nouvelles sources d’inspiration, il sait que d’autres solutions picturales sont encore à découvrir. Et c’est dans le Midi, terre de soleil où des peintres tels que Claude Monet, Auguste Renoir ou encore Paul Cézanne sont venus avant lui, qu’il pense les trouver. La découverte de Monticelli est également une raison déterminante à son départ. On ne sait pas, cependant, la raison exacte de son arrêt dans la petite ville d’Arles en février 1888.

C’est à partir de cette période que Vincent van Gogh commence réellement à s’identifier à Adolphe Monticelli. Il est en effet frappant de voir combien il multiplie les références à son sujet dans ses écrits, durant la période arlésienne. C’est grâce notamment à ses correspondances que Marie-Paule Viale et Luc Georget, commissaires d’exposition, ont pu développer cette filiation entre les deux artistes. Le lieu de la manifestation le Centre de la Vieille Charité, est un ensemble du XVIIème siècle qui accueillait autrefois les gueux. Chose amusante donc d’y réunir les œuvres de ces artistes tous deux morts dans la pauvreté la plus extrême.

L’édifice d’exposition est composé de plusieurs bâtiments indépendants, obligeant le visiteur à faire plusieurs files d’attente à l’extérieur, et donc dans le froid, afin d’accéder aux différentes salles. Celles-ci sont, de plus, totalement inadaptées à l’exposition d’œuvres, d’où la nécessité d’utiliser sur toutes les surfaces des murs des praticables. Autre problème rencontré : le manque de lumière naturelle rétabli par l’utilisation de spots, trop agressifs, créant parfois des reflets sur les toiles. L’étroitesse des lieux face à l’afflux de visiteurs qu’engendre une telle exposition, est donc des plus problématiques (bousculade, sentiment de claustrophobie pour certain…). L’exposition van Gogh Monticelli aurait mérité un espace plus adapté.

Trente-cinq toiles de Monticelli et dix-huit de van Gogh sont exposées côte à côte, figurant des thèmes communs : autoportraits, bouquets, natures-mortes, marines. A cela s’ajoute une toile de Narcisse de Diaz ainsi que trois toiles d’Eugène Delacroix prêtées par le Musée du Louvre. Certes Delacroix a été une source majeure pour Monticelli et van Gogh, mais l’insertion de ces trois toiles dans l’exposition est peu percutante et semble être plus là pour magnifier l’événement.

L’ensemble de l’exposition est rythmé par des citations bien choisies, quant à elle, venant étayer les différentes thématiques développées.

« Je pense moi ici énormément à Monticelli – c’était un homme fort – un peu toqué et même beaucoup – rêvant soleil et amour, et gaieté mais toujours embêté par la pauvreté – un goût extrêmement raffiné de coloriste, un homme de race rare continuant les meilleures traditions anciennes… Eh bien moi je suis sûr que je le continue ici comme si j’étais son fils ou son frère. »

Voici ce qu’écrit Vincent à Arles en août 1888. Il est clair que l’artiste s’identifie, se reconnaît dans le personnage du peintre marseillais. Ce début de citation, au sujet de Monticelli, pourrait bien lui correspondre ! Bien qu’il admire la peinture de Monticelli, c’est plutôt de son mode de vie qu’il se sent proche. La rumeur, de plus, faisait de celui-ci un artiste fou, solitaire et excentrique, van Gogh s’est forcément reconnu en lui.

Pour ce qui est de l’influence formelle, mise en évidence dans cette exposition, elle est selon moi difficile à cerner. Il faut noter qu’il a été extrêmement difficile d’obtenir des œuvres de Vincent van Gogh, certaines par exemple sont trop fragiles pour être transportées.

Il y a bien une corrélation au niveau des thèmes choisis, mais cette exposition révèle davantage, à mon sens, leur authenticité. Sur plusieurs thématiques, l’autoportrait, les bouquets, les natures mortes, les portraits et les marines, l’exposition tente de dégager une filiation entre Monticelli et van Gogh. Bien que ces rapprochements soient intéressants, ils paraissent tout de même un peu forcés. Il est vrai que les empâtements du peintre marseillais se retrouvent dans la peinture de Vincent en général, mais qu’en est-il des œuvres présentées ? Les bouquets de van Gogh à côté de ceux de Monticelli, par exemple, semblent trop propres, presque trop léchés et évitent tout empâtement.

A contrario, Monticelli qui appelait sarcastiquement ses épaisseurs de peintures des «Croustelli» s’impose par le relief de ses peintures. Il en est de même pour les paysages : la touche de Monticelli est rapide, brusque, violente ; celle de Vincent est plus disciplinée, plus travaillée. Seuls les portraits du marseillais, commandes qu’il réalisait dans un but alimentaire, témoignent d’un traitement plus soigné. Malgré ces différences, on retrouve chez van Gogh ce qu’il a tant admiré chez Monticelli, et cherché à reproduire : «le midi en plein jaune, en plein orangé, en plein soufre.» van Gogh admirait ce coloriste qu’il plaçait dans la lignée de Titien, Véronèse et Delacroix. Sa palette colorée si variée est en effet reprise et accentuée par van Gogh.

Vincent n’a malheureusement jamais rencontré Monticelli. Il avait le souhait d’être exposé à ses côtés. Cent-vingt ans plus tard, ils se rencontrent enfin à Marseille. L’association est donc intéressante et rend hommage aux vœux de l’artiste, cependant les mises en parallèles et les relations formelles développées par les commissaires d’exposition sont souvent difficiles à déceler. Cette exposition est toutefois une agréable découverte de l’œuvre de Monticelli, dont la peinture tend, bien avant l’heure, aux limites de l’abstraction.

— Adolphe Monticelli,
Le Bosquet, vers 1878-1879, Collection particulière

— Vincent van Gogh,
Arbres et sous-bois, été 1887, Musée van Gogh, Amsterdam-Adolphe Monticelli, Arbres sur les rochers contre un soleil couchant, vers 1880, Musée Boijimans de Rotterdam

Ces deux peintures illustrent le même sujet : des arbres dans un sous-bois. La composition des deux toiles est verticale, respectant ainsi le sens de la poussée des arbres. Chez van Gogh on distingue de suite le sujet. A l’opposé chez Monticelli c’est un véritable capharnaüm de taches colorées qui assaille le spectateur. Ce n’est qu’à force de contemplation et de patience que l’on parvient à distinguer la silhouette d’un arbre. La scène de sous-bois de van Gogh se passe vraisemblablement en été, comme l’attestent les couleurs verdoyantes des feuilles. Au loin s’annonce un ciel bleu, dont l’éclat vient illuminer l’ensemble du sous-bois. Le sol, lui, semble encore humide de la rosée du matin.

van Gogh, Arbres et sous-bois
Monticelli, Arbres sur les rochers

C’est presque une étude naturaliste que nous offre van Gogh. Sa peinture éveille les sens du spectateur qui peut presque sentir à ses narines l’odeur de l’humus au matin. La touche très disciplinée vient servir la dynamique de la composition. Peu abondante sur l’ensemble du tableau, ce n’est qu’au niveau de la cime des arbres, où les feuilles prospèrent, que la touche s’épaissit. Cette œuvre a vraisemblablement été peinte dans les bois aux environs de Paris où il séjournait à l’époque.
Les arbres de Monticelli paraissent bien plus «toqués», tortueux que ceux de van Gogh. La composition tourmentée rend la lecture d’ensemble difficile. Cette scène de sous-bois semble se passer durant l’automne. Les éléments sous le pinceau et la touche de Monticelli semblent se déchaîner à la tombée du jour. La toile à dominante de bruns est parsemée, sur l’ensemble de la composition, de touches de lumière figurées par les amoncellements de blanc et de jaune. La touche violente et épaisse fait trembler l’ensemble de la scène.

A la confrontation de ces deux œuvres on s’interroge donc sur la filiation entre van Gogh et Monticelli. Cette réunion révèle plutôt, à mon sens, le caractère très avant-gardiste de la peinture de Monticelli, un peintre abstrait avant l’heure, contraint, par l’époque, à la figuration. Il disait en cela :
« Moi je peins pour dans cinquante ans. Il faudra ce temps-là pour qu’on apprenne à voir ma peinture. »

Une révélation donc.

© Ana Le Doze-Samson 2009
exposition vue le 30 décembre 2008 à la Vieille Charité du Panier – Marseille

liens internet
Analyse comparative : voir le portfolio de l’exposition sur le site de Connaissance des Arts
Dossier de presse
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Video dans la Vieille Charité
van Gogh Museum

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